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21 novembre 2016 1 21 /11 /novembre /2016 18:16
Aslı Erdoğan

 

 

Parmi les textes partagés et partageables, cet autoportrait de la jeune femme, tel qu’il avait été lu sur France Inter en septembre 2016 :

« Je suis née à Istanbul en 1967. J'ai grandi à la campagne, dans un climat de tension et de violence. Le sentiment d'oppression est profondément enraciné en moi. L'un de mes souvenirs, c'est à quatre ans et demi, lorsqu'est venu chez nous un camion rempli de soldats en armes. Ma mère pleure. Les soldats emmènent mon père. Ils le relâchent, plusieurs heures après, parce qu'ils recherchaient quelqu'un d'autre. Mon père avait été un dirigeant important du principal syndicat étudiant de gauche. Mes parents ont planté en moi leurs idéaux de gauche, mais ils les ont ensuite abandonnés. Mon père est devenu un homme violent. Aujourd'hui il est nationaliste. J'étais une enfant très solitaire qui n'allait pas facilement vers les autres. Très jeune j'ai commencé à lire, sans avoir l'intention d'en faire mon métier. Je passais des journées entières dans les livres. La littérature a été mon premier asile. J'ai écrit un poème, et une petite histoire que ma grand-mère a envoyés à une revue d'Istanbul. Mes textes ont été publiés, mais ça ne m'a pas plus du tout : j'étais bien trop timide pour pouvoir me réjouir. Plusieurs années plus tard, à 22 ans, j'ai écrit ma première nouvelle, qui m'a valu un prix dans un journal. Je n'ai pas voulu que mon texte soit publié. J'étais alors étudiante en physique. Je suis partie faire des recherches sur les particules de haute énergie au Centre Européen de Recherche Nucléaire de Genève. Je préparais mon diplôme le jour et j'écrivais la nuit. Je buvais et je fumais du haschich pour trouver le sommeil. J'étais terriblement malheureuse. En arrivant à Genève, j'avais pensé naïvement que nous allions discuter d'Einstein, de Higgs et de la formation de l'univers. En fait je me suis retrouvée entourée de gens qui étaient uniquement préoccupés par leur carrière. Nous étions tous considérés comme de potentiels prix Nobel, sur lesquels l'industrie misait des millions de dollars. Nous n'étions pas là pour devenir amis. C'est là que j'ai écrit Le Mandarin miraculeux. Au départ j'ai écrit cette nouvelle pour moi seule, sans l'intention de la faire lire aux autres. Elle a finalement été publiée plusieurs années plus tard. Je suis retournée en Turquie, où j'ai rencontré Sokuna dans un bar reggae. Il faisait partie de la première vague d'immigrés africains en Turquie. Très rapidement je suis tombée amoureuse de lui. Ensemble, nous avons vécu tous les problèmes possibles et imaginables. Perquisitions de la police, racisme ordinaire : on se tenait la main dans la rue, les gens nous crachaient dessus, m'insultaient ou essayaient même de nous frapper. La situation des immigrés était alors terrible. La plupart étaient parqués dans un camp, à la frontière entre la Syrie et la Turquie. Plusieurs fois, j'ai essayé d'alerter le Haut Commissariat aux Réfugiés de l'ONU sur leur sort. Mais c'était peine perdue. Je ne faisais que nous mettre davantage en danger Sokuna et moi. Puis Sokuna a été impliqué dans une histoire de drogue et il nous a fallu partir. Des amis m'ont trouvé une place dans une équipe de scientifiques au Brésil, qui travaillaient sur ma spécialité. Je pouvais y terminer mon doctorat, mais Sokuna n'a pas pu me suivre. Il a disparu, un an après. Je suis restée seule avec mes remords. Rio n'est pas une ville facile à vivre pour les migrants. J'ai alors décidé de renoncer à la physique pour me consacrer à l'écriture. Mais ce n'est qu'à mon retour en Turquie que j'ai écrit La Ville dont la cape est rouge, dont l'intrigue se passe à Rio. L'héroïne est une étudiante turque, qui se perd dans l'enfer de la ville brésilienne. J'étais étrangère au Brésil, mais aussi étrangère en Turquie. Je ne me sens chez moi que lorsque j'écris. Vingt ans plus tard, aujourd'hui, je me sens toujours comme une sans-abri. J'aime bien Cracovie, je pourrais y rester encore longtemps, mais je sais bien qu'il faut laisser la place à ceux qui attendent un asile. Il faudra bien que je retourne en Turquie. En attendant, chaque jour, je me dis que dans mon pays tout le monde sait bien que je suis devenue l'écrivaine turque la plus populaire. Tout le monde le sait, mais pourtant tout le monde se tait. C'est sans doute cela, aujourd'hui, l'exil le plus terrible ».

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11 novembre 2016 5 11 /11 /novembre /2016 20:46

 

 

 

 

 

 

 

« La pédagogie des opprimés [...] est la pédagogie des des hommes
engagés dans la lutte pour leur libération ».

 

 

Une pédagogie « qui fait de l’oppression et de ses causes un objet de réflexion des opprimés d’où résultera nécessairement leur engagement dans une lutte pour leur libération, à travers laquelle cette pédagogie s’exercera et se renouvellera. » 
 

 

« Personne n’éduque autrui, personne ne s’éduque seul, les hommes s’éduquent
ensemble, par l’intermédiaire du monde »...

 

« Voilà la grande tâche humaniste et historique des opprimés: se libérer eux-mêmes et libérer leurs oppresseurs. Ceux qui oppriment, exploitent et exercent la violence ne peuvent trouver dans l’exercice de leur pouvoir la force de libérer les opprimés et de se libérer eux-mêmes. Seul le pouvoir qui naît de la faiblesse sera suffisamment fort pour libérer les deux. » 

 

 

« La liberté est une conquête, non une donation,

et elle exige un effort permanent. »

 

La pédagogie des opprimés, comme pédagogie humaniste et libératrice, comprendra deux moments bien distincts. Le premier quand les opprimés découvrent le monde de l’oppression et qu’ils s’engagent dans la praxis pour sa transformation ; le second quand, la réalité oppressive étant transformée, cette pédagogie n’est plus celle des opprimés, mais celle des hommes en marche permanente vers la libération. »

 

L’AUTRE école / n° 12, printemps 2006

 

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5 novembre 2016 6 05 /11 /novembre /2016 19:15
Lafare aux pieds des Dentelles de Montmirail
Lafare aux pieds des Dentelles de Montmirail
Lafare aux pieds des Dentelles de Montmirail
Lafare aux pieds des Dentelles de Montmirail
Lafare aux pieds des Dentelles de Montmirail
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25 octobre 2016 2 25 /10 /octobre /2016 07:33

 

 

Il faut être allé au fond de la douleur humaine, en avoir découvert les étranges capacités, pour pouvoir saluer du même don sans limites de soi-même ce qui vaut la peine de vivre. La seule disgrâce définitive qui pourrait être encourue devant une telle douleur, parce qu'elle rendrait impossible cette conversion de signe, serait de lui opposer la résignation. Sous quelque angle que devant moi tu aies fait état des réactions auxquelles t'exposa le plus grand malheur que tu aies pu concevoir, je t'ai toujours vu mettre le plus haut accent sur la rébellion. Il n'est pas, en effet, de plus éhonté mensonge que celui qui consiste à soutenir, même et surtout en présence de l'irréparable, que la rébellion ne sert de rien. La rébellion porte sa justification en elle-même, tout à fait indépendamment des chances qu'elle a de modifier ou non l'état de fait qui la détermine.

p 107 - 108

 

C'est la révolte seule qui est créatrice de lumière.

Et cette lumière ne peut se connaître que de trois voies :

la poésie, la liberté et l'amour...

p 121

 

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23 octobre 2016 7 23 /10 /octobre /2016 15:37
Youssoupha
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23 octobre 2016 7 23 /10 /octobre /2016 08:37

 

 

La musique arme les hommes non armés
Se propage plus vite que le mélanome de Bob Marley
Autant d'guerres menées à la guitare Gibson
Ont contribué à changer l'monde, de Paname à Kingston
Aussi vrai qu'sans plage, la vague n'est rien
Les plages de mon disque n'auront rien de wagnérien
Combien de poésies se changèrent en pamphlets ?
Combien de concerts firent aux puissants se sentir en danger ?

 

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21 octobre 2016 5 21 /10 /octobre /2016 17:51
De la domination

 

C’est sur le pillage pur et simple des terres que s’était affirmée la « présence civilisatrice » de la France. « Partout où il y a de bonnes eaux et des terres fertiles, écrivait le général Bugeaud, c’est là qu’il faut placer les colons. Sans s’informer de savoir à qui appartiennent les terres, il faut les leur distribuer en toute propriété. »

Après le choc qu’a constitué la découverte de la double violence, militaire puis économique, de la conquête si souvent euphémisée par l’« histoire de France », j’ai donc commencé à comprendre l’importance décisive du troisième niveau, culturel, de la domination coloniale, ainsi que les entrelacs et autres replis complexes des contradictions, aussi durables que profondes, véhiculées jusqu’à nos jours par cette troisième dimension.

La dépossession culturelle ultime, longtemps non dite, voire, sur la rive nord de la Méditerranée, valorisée au nom de la « civilisation », n’a ni l’évidence de la domination politique ni celle de la dépossession foncière ou économique. C’est par ce biais pourtant que la société dominée prend lentement conscience que son univers symbolique est discrédité, périphérisé, marginalisé et qu’elle est en train de s’« indigénéiser ». Son univers symbolique tout entier ne sert plus que de faire-valoir à la « modernité » de l’univers du dominant, qui monopolise désormais l’expression de l’universel. C’est bien cette prise de conscience de la strate culturelle cachée de la colonisation qui va structurer ma conscience politique naissante.

L'altérité islamiste, une histoire autre ?

François Burgat in Orient XXI

 
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21 octobre 2016 5 21 /10 /octobre /2016 06:37

 

Ce que disais Thomas Sankara à propos de la dette en 1987

est malheureusement toujours valable pour la Grèce.

 

 

La dette s’analyse d’abord de par ses origines. Les origines de la dette remontent aux
origines du colonialisme. Ceux qui nous ont prêté de l’argent, ce sont eux qui nous ont
colonisés. Ceux sont les mêmes qui géraient nos États et nos économies […].


La dette, c’est encore le néocolonialisme où les colonialistes se sont transformés en
assistants techniques (en fait, nous devrions dire en « assassins techniques »). Et ce sont
eux qui nous ont proposé des sources de financement […]. On nous a présenté des
dossiers et des montages financiers alléchants. Nous nous sommes endettés pour
cinquante ans, soixante ans et même plus. C’est-à-dire que l’on nous a amenés à
compromettre nos peuples pendant cinquante ans et plus.


La dette sous sa forme actuelle est une reconquête savamment organisée de l’Afrique,
pour que sa croissance et son développement obéissent à des paliers, à des normes qui
nous sont totalement étrangers. Faisant en sorte que chacun de nous devienne l’esclave
financier, c’est-à-dire l’esclave tout court, de ceux qui ont eu l’opportunité, la ruse, la
fourberie de placer des fonds chez nous avec l’obligation de rembourser. […]


Nous ne pouvons pas rembourser la dette parce que nous n’avons pas de quoi payer.
Nous ne pouvons pas payer la dette parce qu’au contraire les autres nous doivent ce que
les plus grandes richesses ne pourront jamais payer, c’est-à-dire la dette de sang […].


Quand nous disons que la dette ne saura être payée, ce n’est point que nous sommes
contre la morale, la dignité, le respect de la parole. [C’est parce que] nous estimons que
nous n’avons pas la même morale que les autres. Entre le riche et le pauvre, il n’y a pas
la même morale


Thomas Sankara, « Conférence de l’Organisation de l’unité africaine » (Addis-Abeba, 29 juillet
1987), in Thomas Sankara parle, op. cit., p. 395-408.

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12 octobre 2016 3 12 /10 /octobre /2016 20:43
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7 octobre 2016 5 07 /10 /octobre /2016 18:48

 

 

Merveilleux envoutements du oud...

 

AsFâr - Le trio Joubran
AsFâr - Le trio Joubran
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