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13 janvier 2018 6 13 /01 /janvier /2018 09:42

 

Je songe maintenant à ces noms propres qui sont des toponymes, à ces anthroponymes qui désignent des lieux, à ces villes qui s'appellent Athènes ou Lisbonne sous différentes latitudes, à ces personnages qui se nomment Quichotte ou Gargantua, Guermantes ou Meaulnes, je pense au Havre et à Bouville, à la route des Flandres et à Ellis Island,

p 36

 

Je pense à ces noms inscrits dans les paysages et je pense aux paysages véhiculés dans les noms. Soudain je me suis demandé comment les hommes avaient déposé les noms sur la Terre.

p 37

 

 je me suis demandé dans quel réservoir les hommes avaient puisé les sons et les signes qui marquaient, bornaient, identifiaient, localisaient des points sur le territoire, comment ils avaient inventé des mots suggérant parfois autre chose qu'eux-mêmes, des histoires, un émerveillement, ou plutôt une domination, une exploitation, une violence politique. J'ai pensé aux fantômes qui logeaient dans les noms, et je me suis demandé comment les entendre, comment les percevoir.

J'ai pensé à la matière silencieuse qui s'échappe des noms, à ce qu'ils écrivent à l'encre invisible.

p 39

 

Cette nuit-là, surexcitée, j'ai imaginé que les songlines aborigènes, une fois rassemblées, composaient une représentation quasi intégrale de l'espace australien et servaient de topo-guide à quiconque désirait le pénétrer, et s'y déplacer; j'ai visualisé les parcours innombrables qui s'entrecroisaient à la surface de la terre, ce maillage choral déplosur tous les continents, instaurant des identités mouvantes comme des flux, et un rapport au monde conçu non plus en termes de possession mais en termes de mouvement, de déplacement, de trajectoire, autrement dit en termes d'exrience.

P 45

 

J'aime l'idée que l'expérience de la mémoire, autrement dit l'action de se remémorer, transforme les lieux en paysage, métamorphose les espaces illisibles en récit.

P 53

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3 janvier 2018 3 03 /01 /janvier /2018 08:48
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2 janvier 2018 2 02 /01 /janvier /2018 19:14

 

 

c'était l'effet produit par cette affreuse vérité, pour la première fois révélée que ce monde est un monde de malheur de lutte et de proscription.

P 206

 

Mais les profondes tragédies de l’enfance (…) vivent toujours cachées, sous les autres légendes du palimpseste. La passion et la maladie n'ont pas de chimie assez puissante pour brûler ces immortelles empreintes. »

p 217

 

Il me suffira de dire que le penseur solitaire revient avec complaisance sur cette sensibilité précoce qui fut pour lui la source de tant d'horreurs et de tant de jouissances sur son amour Immense de la liberté, et sur le frisson que lui inspirait la responsabilité. « L'horreur de la vie se mêlait déjà, dans ma première jeunesse, avec la douceur céleste  la vie. » Il y a dans ces dernières pages des, Suspiria quelque chose de funèbre, de corrodé et d aspirant ailleurs qu'aux choses de la terre. Çà et là, à propos d'aventures de jeunesse, l'enjouement et la bonne humeur la bonne grâce à se moquer de soi-même dont il a fait si souvent preuve, se faufilent quelquefois encore;  mais, ce qui est le plus voyant et ce qui saute à l'oeil ce sont les explosions lyriques d'une mélancolie incurable.

P 229

 

Mais la Mort, que nous ne consultons pas sur nos projets et à qui nous ne pouvons pas demander son acquiescement, la Mort, qui nous laisser rêver de bonheur et de renommée et qui ne dit ni oui ni non, sort brusquement de son embuscade, et balaye d'un coup d'aile nos plans, nos rêves et les architectures idéales où nous abritions en pensée la gloire de nos derniers jours!

P 231

 

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2 janvier 2018 2 02 /01 /janvier /2018 17:50
Anka Zhuravleva
Anka Zhuravleva
Anka Zhuravleva
Anka Zhuravleva
Anka Zhuravleva
Anka Zhuravleva
Anka Zhuravleva
Anka Zhuravleva
Anka Zhuravleva
Anka Zhuravleva
Anka Zhuravleva
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28 décembre 2017 4 28 /12 /décembre /2017 11:05

 

 

 

En cinq ans, j'avais presque oublié la maison, Il me fallait l'oublier, je ne pouvais pas l'emporter avec moi. Mais de temps en temps, le plus souvent en arrivant dans une ville nouvelle, avant d'y avoir trouvé des

compagnons, je sens s'amollir ma carapace de dureté. Une porte s'ouvre doucement, et je n'y peux rien. J'entends la vieille musique fatiguée qu'un père inconnu, aussi désabusé que moi, me laissa dans cette maison qu'il avait abandonnée. Je revois le doux éclat triste des centaines de petits bibelots colorés. Je retiens' mon souffle et, tout à coup, au milieu de son musée de verre, m'apparaît le visage de ma soeur - et elle habite ma nuit.

p 146 Portrait d'une jeune fille de verre

 

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25 décembre 2017 1 25 /12 /décembre /2017 17:29
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23 décembre 2017 6 23 /12 /décembre /2017 10:29

 

 

Nos leaders et leurs valets intellectuels semblent incapables de comprendre que l’histoire ne peut être effacée comme un tableau noir, afin que « nous » puissions y écrire notre propre avenir et imposer notre mode de vie aux peuples « inférieurs ».

 

Par humanisme, je pense d’abord à la volonté qui poussait William Blake à briser les chaînes de notre esprit afin d’utiliser celui-ci à une réflexion historique et raisonnée. L’humanisme est également entretenu par un sentiment de communauté avec d’autres chercheurs, d’autres sociétés et d’autres époques : il n’existe pas d’humaniste à l’écart du monde. Chaque domaine est lié à tous les autres, et rien de ce qui se passe dans le monde ne saurait rester isolé et pur de toute influence extérieure. Nous devons traiter de l’injustice et de la souffrance, mais dans un contexte largement inscrit dans l’histoire, la culture et la réalité socio-économique.

 

L’exemple le plus admirable en est l’intérêt de Goethe pour l’islam et en particulier pour le poète Hafiz — cette passion dévorante l’amènera à écrire le West-östlicher Diwan et influencera ses idées sur la Weltliteratur (littérature du monde), l’étude de toutes les littératures du monde comme une symphonie totale que l’on pourrait comprendre théoriquement comme préservant l’individualité de chaque œuvre sans pour autant perdre de vue l’ensemble.

 

Incompatible avec l’éloignement ou l’hostilité à l’égard d’un autre temps et d’une culture différente, la philologie appliquée à la Weltliteratur impliquait un esprit profondément humaniste se déployant avec générosité et — si je peux utiliser ce mot — hospitalité. L’esprit du chercheur doit toujours faire activement, en lui-même, une place à l’Autre étranger. Et cette action créatrice d’ouverture à l’Autre, qui sinon reste étranger et distant, est la dimension la plus importante de la mission du chercheur.

 

Enfin et surtout, l’humanisme est notre seul, je dirais même notre dernier rempart contre les pratiques inhumaines et les injustices qui défigurent l’histoire de l’humanité.

 

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22 décembre 2017 5 22 /12 /décembre /2017 23:23
Ben Mazué et Pomme
Ben Mazué et Pomme

 

Avec comme un p'tit air de

Michael Fassbender dans Alien...

 

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22 décembre 2017 5 22 /12 /décembre /2017 17:59

 

 

Nous avons un pays fait de mots.

Parle ! Parle !

Et nous connaîtrons la fin de ce voyage.

Mahmoud Darwich, « Nous voyageons comme les autres »

 

 

 

[…] Nous épierons notre terre à travers les mots des étoiles,
à travers l’air flottant sur les lacs,
à travers les souples et fragiles épis de blé,
à travers les fleurs des cimetières, ou les feuilles du peuplier,
à travers tout ce que tu assièges…
les morts qui meurent, les morts qui vivent,
les morts qui reviennent, les morts qui dévoilent les secrets.
Donnez du temps à la terre et elle dira la vérité, toute la vérité sur vous,
sur nous,
sur nous
et sur vous !

Mahmoud Darwich, « Le discours de l’homme rouge », dans Au dernier soir sur cette terre, Actes Sud, 1994.

 

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17 décembre 2017 7 17 /12 /décembre /2017 15:00

 

 

Ainsi le prosateur est un homme qui a choisi un certain mode d'action secondaire qu'on pourrait nommer l'action par dévoilement. Il est donc légitime de, lui poser cette question seconde: quel aspect du monde veux-tu dévoiler, quel changement veux-tu apporter au monde par ce dévoilement ?L' écrivain « engagé » sait que la parole est action: il sait que dévoiler c'est changer et qu'on ne peut dévoiler qu'en projetant de changer. Il a abandonné le rêve impossible de faire une peinture impartiale de la Société et de la condition humaine.
p 30

 

Il sait que les mots, comme dit Brice-Parain, sont des « pistolets chargés ».
p 31

 

Mais dès à présent nous pouvons conclure que l'écrivain a choisi de dévoiler le monde...
p 31

 

Un des principaux motifs de la création artistique est certainement le besoin de nous sentir essentiels par rapport au. monde.
p 50

 

il faut que le lecteur invente tout dans un perpétuel dépassement de la chose écrite. Sans doute l'auteur le guide; mais il ne fait que le guider; les jalons qu'il a posés sont séparés par du vide, il faut les rej oindre, il faut aller au-delà d'eux. En un mot, la lecture est création dirigée.
p 57

 

Mais d'autre part les mots sont là comme des pièges pour susciter nos sentiments et les réfléchit, vers nous; chaque mot est un chemin de transcendance, il informe nos affections, les nomme, les attribue à un personnage imaginaire qui charge de les vivre pour nous et qui n'a d'autre
substance que ces passions empruntées; il le confère des objets, des perspectives, un horizon. Ainsi, pour le lecteur; tout est à faire et tout est déjà fait;

p 58


Puisque la création ne peut trouver son achèvement que dans la lecture, puisque l'artiste. doit confier à un autre le soin d'accomplir ce pourquoi écrire qu'il a commencé, puisque c'est à travers la conscience du lecteur seulement qu'il peut se saisir comme essentiel à son oeuvre, tout ouvrage littéraire est un appel. Écrire, c'est faire appel au lecteur pour qu'il fasse passer à l'existence objective le dévoilement que j'ai entrepris par le moyen du langage.
p 58 -
59

 

Ainsi l'écrivain en appelle à la liberté du lecteur 'pour qu'elle collabore à la production de son ouvrage.
p 59

 

La lecture est un rêve libre.
p 64

 

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