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14 mars 2015 6 14 /03 /mars /2015 20:51

 

Les européens [...] Leurs crimes à eux se font au nom de la civilisation,

alors que ceux que commet l'Orient sont des actes de barbarie.

p 219

 

En Occident, disait Etienne de Brissac, la plupart des
gens cultivés étaient persuadés qu'il n'existait pas
d'autre manière de vivre que la leur, ils s'imaginaient
que leur façon de penser était la seule valable, qu'ils
avaient toujours le bon droit de leur côté. C'est
pourquoi ils ne cessaient de discuter de la manière dont
ils allaient mettre de l'ordre dans le monde entier, le
civiliser, lui indiquer le chemin à suivre.

p 239

 

Tu sais, tout ce qui s'est fait de
bon en ce monde, c'est toujours un tout petit nombre
qui l'a fait. Ceux qui détruisent sont les plus norn~
breux, parce que c'est facile de détruire, tu n'as qu'a
prendre une barre et cogner, tu vois tout de suite le
résultat. Tandis que construire, ça exige beaucoup de patiencde,

ça demande de la sueur et des larmes, ça demande du sang.

Le plus souvent, une vie entière ne suffit pas pour voir le résultat.

" Voilà ce qu'il m'a dit. »

p 267

 

Non, ce n'est pas ça que nous voulions, nous n'avons pas lutté pour changer
ce que l'homme a sur le dos mais ce qu'il a dans la
tête, nous avons lutté pour la liberté et pour la dignité,
non pas pour participer à cette comédie qui dure depuis
des années et des années.

p 268

 

Il y a des millions de gens dans l'histoire qui se
sont battus pour une religion ou pour une autre, qui se
sont sacrifiés pour une idée, pour la liberté ou pour la
démocratie. Mais a-t-on jamais entendu dire que
quelqu'un ait accepté d'endurer prisons et tortures, de
se faire fusiller pour une banque ? "

p 271

 

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14 mars 2015 6 14 /03 /mars /2015 20:19

 

 

J'avais le désir de lui affirmer que j'étais comme tout le monde,

absolument comme tout le monde.

p 103

 

C'était là sa conviction et, s'il devait jamais en douter, sa vie n'aurait plus de sens.

p 108

 

Mais j'étais sûr de moi, sûr de tout, plus sûr que lui. sûr de ma vie et de cette mort qui allait venir.

Oui, je n'avais que cela. Mais du moins, je tenais cette vérité autant qu'elle
me tenait. J'avais eu raison, j'avais encore raison, j'avais toujours raison. J'avais vécu
de telle façon et j'aurais pu vivre de telle autre. J'avais fait ceci et je n'avais pas fait
cela. Je n'avais pas fait telle chose alors que j'avais fait oette autre. Et après ? C'était
comme si j'avais attendu pendant tout le temps cette minute et cette petite aube où je
serais justifié.

183

 

... pendant toute cette vie absurde que j'avais menée ...

p 183

 

... pour un monde qui maintenant m'était à jamais indifférent ...

 

Et moi aussi je me suis senti prêt à tout revivre.

p 185

 

je m'ouvrais pour la première fois à la tendre indifférence du monde. De
l'éprouver si pareil à moi, si fraternel enfin, j'ai senti que j'avais été heureux, et que je
l'étais encore. Pour que tout soit consommé, pour que je me sente moins seul, il me
restait à souhaiter qu'il y ait beaucoup de spectateurs le jour de mon exécution et
qu'ils m'accueillent avec des cris de haine.

p 186

 

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28 décembre 2014 7 28 /12 /décembre /2014 17:23

 

 

 

En 1940, le maillot de bain Roussel en Airolastic à tricot poreux assurait une fraîcheur constante autour des hanches de ma mère. Elle avait quarante et quelques années de moins. J'en étais amoureux. Papa vivait encore pour six mois. Jusqu'à ce bombardement de la forêt de Bitche, arrondissement de Sarreguemines. Papa vendangé par des obus de 105. Écrabouillé comme un chasselas. Bu par la terre. Cul sec. Au revoir, papa. Parlons plutôt de l'été 1939.
Un Kodak Rétina fixait le dernier bonheur de mes parents sur pellicule Vérichrome. Près d'eux, aux terrasses de café, les couples heureux buvaient de la Quintonine. Les pilules orientales raffermissaient les seins. Le thé mexicain du docteur Jawas amincissait les formes. Si vous allez par là, on se parfumait avec Shocking de Schiaparelli ou Shanghai, parfum de chez Lenthéric. Avant, en 1938, il Yavait eu le soutien-gorge Arista, tricoté en forme, sans couture, et à plaque stomacale. Il avait longtemps nourri mes rêves. En ce temps-là, j'avais six ans, l'âge de regarder par les trous de serrure.
p 167

 

Comprenez-moi. Je me méfie du bonheur. Surtout catégorie moyen médiocre. Parce qu'il est arrêt et symétrie. Patatras de la satisfaction de soi. Statu quo et rien après. Je préfère ceux qui risquent. Pari et déséquilibre: la marche vers. Et à ce titre, j'aime la fulgurance. Elle est un état permanent de notre temps. J'y crois. Parce que la fulgurance peut devenir une version précaire de la sagesse. Tout le mystère des êtres consiste à les aimer.

Jack Kerouac est mort. Mort aussi Brautigan. Il ne me reste que plus que moi, Tom Dean, un bison égaré, avec des yeux posés sur l'Amérique de jadis. Partis, Ken Kesey et ses Merry Pranksters ! Finie depuis vingt ans, la nuit occidentale ! Adieu vaches nocturnes du Kansas ! Good bye farewell villes de boîtes de biscuits, «avec une mer au bout de chaque rue» !
Dans le lointain des sixties, le cadavre de Frisco bouge encore à peine. Quelque part au bord de l'Océan, le compteur de vitesse de ma Volkswagen Coccinelle est bloqué sur 120. Les guitares, les juke-boxes, les Remington portables se sont tues. Où sont passés les fous ? Le junkies ? Cette fille blonde qui rappliquait du Maine ? Roxie qui marchait à mes côtés les jours où l'héro lui laissait une chance d'aimer les hommes. Piqûres dans les joues, piqûres sous la langue. Plus une place à louer. Trois ans de glissades sur les falaises de Big Sur et après, Tijuana. Un livre de poèmes. Deux recueils de nouvelles. Quelle merde! Du sang, de la chiasse à chaque ligne. Des cavernes et de l'alcool. Un gâchis de beauté. Dieu! Comme nous avons saccagé l'essentiel !
p 181

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15 novembre 2014 6 15 /11 /novembre /2014 09:56
Des vies d'oiseaux - Véronique Ovaldé

... comment graver ses

gestes dans le souvenir, comment être sûre de

ne jamais rien oublier de tout cela, de pouvoir

s'en servir et le réactiver quand elle serait seule

et vieille, puiser dans son trésor de souvenir et d'images.

p 65

 

Elle savait ce qui la faisait rire alors elle

la faisait rire et ce rire d'enfant, ce rire qui s'en

allait déjà à toute vitesse, lui piétinait le coeur.

p 66

 

Son coeur s'est mis à battre sur un rythme

bizarre comme s'il sautait des haies dans sa poitrine

- ou qu'il était devenu un lévrier de course

sur lequel tout le monde aurait parié.

p 87

 

Elle était un pot de miel au milieu d'un après-midi d'été.

Bing bing, avaient fait les deux yeux d'Adolfo en tombant sur le carrelage.

p 111

 

... les prières ne sont jamais entendues de

personne, elles errent dans un grand désert

gris et cendreux que le vent balaie sans jamais

s'interrompre, et elles ne sortent jamais des

ténèbres.

p 153

 

... et refermer une à une toutes les

portes qui mènent jusqu'à elle.

p 166

 

 

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15 novembre 2014 6 15 /11 /novembre /2014 09:34
La Favorite Léon François Comerre

La Favorite Léon François Comerre

Il n'y a pas de Dieu, il n'y a pas de morale, rien n'existe de tout

ce qu'on nous a enseigné à respecter ; il y a une vie qui passe,

à laquelle il est logique de demander le plus de jouissance possible,

en attendant l'épouvantable finale qui est la mort.

p 38

 

J'ai pour règle de conduite de faire toujours ce qui me plaît, en dépit

de toute moralité, de toute convention sociale. Je ne crois à rien ni à

personne, je n'aime personne ni rien ; je n'ai ni foi ni espérance.

p 39

 

... puis je disparaîtrai sans laisser de trace de moi-même...

p 48

 

Qui me rendra ma vie d'Orient, ma vie libre et en plein air, mes

longues promenades sans but et le tapage de Stamboul ?

p 59

 

Ce que l'on aime le mieux chez les autres, c'est soi-même.

p 89

 

Hélas! dans vingt ans, dans dix ans peut-être, où serons-nous, pauvre Aziyadé ? Couchés en terre, deux débris ignorés, des centaines de lieues sans
doute sépareront nos tombes - et qui se souviendra encore que
nous nous sommes aimés ?


Un temps viendra où, de tout ce rêve d'amour, rien ne restera
plus. Un temps viendra où nous serons perdus tous deux dans la
nuit profonde, où rien ne survivra de nous-mêmes, où tout s'effacera, tout jusqu'à nos noms écrits sur nos pierres.

p 115

 

C'est bien fini sans retour ! Si je reviens jamais comme je l'ai

juré, les années auront secoué sur tout cela leur cendre, ou bien

j'aurai creusé l'abîme entre nous deux en en épousant une autre, et

elle ne m'appartiendra plus.

p 133

 

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27 octobre 2014 1 27 /10 /octobre /2014 18:36
Pas pleurer - Lydie Salvayre

Ma mère a été belle. On me dit qu'elle avait autrefois
cette prestance très particulière que conférait aux
femmes espagnoles le port du cantaro sur la tête et
qu'on ne voit aujourd'hui qu'aux danseuses de ballet.
On me dit qu'elle avançait comme un bateau, très
droite et souple comme une voile. On me dit qu'elle
avait un corps de cinéma et portait dans ses yeux la
bonté de son coeur.
Aujourd'hui elle est vieille, le visage ridé, le corps
décrépit, la démarche égarée, vacillante, mais une
jeunesse dans le regard que l'évocation de l'Espagne
de 36 ravive d'une lumière que je ne lui avais jamais
vue. Elle souffre de troubles de la mémoire, et tous
les événements qu'elle a vécus entre la guerre et
aujourd'hui, elle en a oublié à tout jamais la trace.
Maisellegarde absolument intacts les souvenirsde cet
été 36 où eut lieu l'inimaginable, cet été 36 pendant
lequel, dit-elle, elle découvrit la vie, et qui fut sans
aucun doute l'unique aventure de son existence. Estce
à dire que ce que ma mère a tenu pour la réalité
pendant les soixante-quinze années qui ont suivi n'a
pas eu pour elle de réelle existence? Il m'arrive de
le penser.

 

p 16 - 17

 

Pour prolonger la lecture de ce livre magnifique on peut tenter :

Bernanos - Les grands cimetières sous la lune

Malraux - L'espoir

Orwell - Hommage à la Catalogne

Hemingway - Pour qui sonne le glas

Munoz Molina - Dans la grande nuit des temps

Et pour l'esprit de liberté et de révolte

Oates - Bande de filles

 

L'émmission de France Inter

 

 

 

 

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4 octobre 2014 6 04 /10 /octobre /2014 14:51

 

 

tout ce que je fis durant mon séjour ne fut en effet que l’occupation délicieuse et nécessaire d’un homme qui s’est dévoué à l’oisiveté.

 

Quand le soir approchoit je descendais des cimes de l’île et j’allois volontiers m’asseoir au bord du lac sur la grève dans quelque asile caché ; là le bruit des vagues et l’agitation de l’eau fixant mes sens et chassant de mon ame toute autre agitation la plongeoient dans une rêverie délicieuse où la nuit me surprenoit souvent sans que je m’en fusse aperçu.

 

Telle est, laissant à part les visites imprévues et importunes, la maniere dont j’ai passé mon tems dans cette île durant le séjour que j’y ai fait Qu’on me dise à présent ce qu’il y a là d’assez attrayant pour exciter dans mon cœur des regrets si vifs, si tendres et si durables qu’au bout de quinze ans il m’est impossible de songer à cette habitation chérie sans m’y sentir à chaque fois transporté encore par les élans du desir.

J’ai remarqué dans les vicissitudes d’une longue vie que les époques des plus douces jouissances et des plaisirs les plus vifs ne sont pourtant pas celles dont le souvenir m’attire et me touche le plus. Ces courts momens de délire et de passion, quelque vifs qu’ils puissent être, ne sont cependant, et par leur vivacité même, que des points bien clairsemés dans la ligne de la vie. Ils sont trop rares et trop rapides pour constituer un état, et le bonheur que mon cœur regrette n’est point composé d’instans fugitifs mais un état simple et permanent, qui n’a rien de vif en lui-même, mais dont la durée accroît le charme au point d’y trouver enfin la suprême félicité.

 

Mais s’il est un état où l’âme trouve une assiette assez solide pour s’y reposer tout entiere et rassembler là tout son être, sans avoir besoin de rappeler le passé ni d’enjamber sur l’avenir ; où le tems ne soit rien pour elle, où le présent dure toujours sans néanmoins marquer sa durée et sans aucune trace de succession, sans aucun autre sentiment de privation ni de jouissance, de plaisir ni de peine, de desir ni de crainte que celui seul de notre existence, et que ce sentiment seul puisse la remplir tout entiere ; tant que cet état dure celui qui s’y trouve peut s’appeler heureux, non d’un bonheur imparfait, pauvre et relatif tel que celui qu’on trouve dans les plaisirs de la vie, mais d’un bonheur suffisant, parfoit et plein, qui ne laisse dans l’âme aucun vide qu’elle sente le besoin de remplir. Tel est l’état où je me suis trouvé souvent à l’île de Saint-Pierre dans mes rêveries solitaires, soit couché dans mon bateau que je laissais dériver au gré de l’eau, soit assis sur les rives du lac agité, soit ailleurs au bord d’une belle riviere ou d’un ruisseau murmurant sur le gravier.

De quoi jouit-on dans une pareille situation ? De rien d’extérieur à soi, de rien sinon de soi-même et de sa propre existence, tant que cet état dure on se suffit à soi-même comme Dieu. Le sentiment de l’existence dépouillé de toute autre affection est par lui-même un sentiment précieux de contentement & de paix, qui suffiroit seul pour rendre cette existence chere et douce à qui sauroit écarter de soi toutes les impressions sensuelles et terrestres qui viennent sans cesse nous en distraire et en troubler ici-bas la douceur.

 

Il est vrai que ces dédommagemens ne peuvent être sentis par toutes les âmes ni dans toutes les situations. Il faut que le cœur soit en paix & qu’aucune passion n’en vienne troubler le calme.

 

 

 

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21 septembre 2014 7 21 /09 /septembre /2014 19:44

 

... De la résistance à la mort, de la longue résistance désespérée et quotidienne

à la mort fragmentaire et successive telle qu'elle s'insère dans toute la durée

de notre vie, détachant de nous à chaque moment des lambeaux de nous-mêmes...

p 298

 

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4 mai 2014 7 04 /05 /mai /2014 09:36
L'affaire Vargas - Fernando Pessoa

Il y a des gens qui posent des questions pour ne rien savoir.

p 46

 

car c'est dans nos imaginations, dans nos rêves que nous sommes
profondément nous

 

Or, l'imagination étant ce par quoi nous
sommes le plus profondément nous, il s'ensuit
que l'intelligence créative est liée à notre individualité
la plus profonde.

p 143

 

 

 

 

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30 avril 2014 3 30 /04 /avril /2014 16:59

Dracula

Dracula
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