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17 août 2011 3 17 /08 /août /2011 09:33

 

 

Pluto s'essuya les mains et la figure et posa l'écorce  près de lui. Il aurait bien voulu faire de l'œil à Griselda et lui poser la main sur le genou. Au bout d'une ou deux minutes, il trouva moyen de cligner ses deux graines de pastèque, mais il eut beau faire, il ne put réussir à la toucher. La pensée de lui mettre la main sur les genoux, et peut-être de lui glisser deux doigts entre les cuisses, lui enflammait le visage et le cou. 

P 46

 

Tout le jour, le silence régnait autour de l'usine aux murs habillés de lierre. Les machines ne ronflaient pas si fort quand c'étaient des femmes qui les actionnaient. Les hommes faisaient bourdonner l'usine quand ils y travaillaient. Mais, le soir venu, les portes s'ouvraient toutes grandes, et les femmes sortaient avec de grands éclats de rire. Une fois dans la rue, elles retournaient en courant presser leurs corps contre les murs habillés de lierre qu'elles touchaient de leurs lèvres. Les hommes, qui tout le
jour étaient restés là sans rien faire, les entraînaient jusque chez elles et là, les battaient sans merci pour les punir de leur infidélité.

Will sursauta quand il revint à lui et regarda Pluto, Rosamond et Darling Jill. Il s'était absenté, et, maintenant qu'il était de retour, il se trouvait

p 94

 

 

tout étonné de les voir ici. Il se frotta les yeux et se demanda s'il avait dormi. Il savait bien que non, cependant, car son assiette était vide. Elle était là, dans ses mains, lourde et dure.

- Nom de Dieu! murmura-t-il.

Il se rappelait le temps où l'usine, en bas, marchait jour et nuit. Les hommes qui travaillaient dans l'usine avaient l'air fatigués, épuisés, mais les femmes étaient amoureuses des métiers, des broches, de la bourre volante. Les femmes aux yeux fous, dans l'enceinte des murs habillés de lierre, ressemblaient à des plantes en pots toutes fleuries.

Les cités ouvrières s'étendaient d'un bout à l'autre de la vallée, et les filatures aux murs habillés de lierre et les filles aux chairs fermes et aux yeux de volubilis; et les hommes, dans les rues chaudes, se regardaient les uns les autres, crachant leurs poumons dans
l'épaisse poussière jaune de la Caroline. Il savait qu'il ne pourrait jamais se détacher des usines aux lumières bleues, lâ nuit, des hommes aux lèvres sanglantes dans les rues, de l'animation des cités ouvrières. Rien ne pourrait l'en faire partir. Peut-être s'absenterait-il un certain temps, mais il serait malheureux et n'aurait point
'de paix qu'il ne fût revenu. Il lui fallait rester là et aider ses amis à trouver quelque moyen de gagner leur vie. Les rues des usines ne pouvaient exister sans lui. Il lui fallait rester là, y marcher, regarder le soleil se coucher, le soir, sur les murs de l'usine et s'y lever le matin.
Dans les rues des usines, dans les villes de la vallée, les seins des femmes se dressaient, fermes et droits. Les toiles qu'elles tissaient, sous la lumière bleue,
recouvraient leurs corps, mais, sous le vêtement, le mouvement  des seins dressés ressemblait au mouvement des mains inquiètes. Dans les villes de la vallée, la beauté mendiait, et la faim des hommes forts ressemblait aux gémissements de femmes battues.

p 95

 

 

 

Le livre sera mis en images par Anthony Mann en 1958 avec Robert Ryan dans le rôle de Ty Walden, Fay Spain dans celui de Darling Jill et Tina Louise dans celui de Griselda Walden.


 

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7 août 2011 7 07 /08 /août /2011 07:56

 

 

 

 

 

 

 

 

"Je vis ensuite, à Madras, Sundarambal, la grande actrice tamoule,

cantatrice merveilleuse, la seule très belle femme dravidienne que je vis,

et du plus vrai talent. Elle semblait avoir, à la fois, du sang

dans le corps, et du pétrole. Quand elle apparut, elle écrasa les autres femmes 

(qui étaient des hommes). Avant d'avoir fait un geste (elle en faisait peu),

avant de chanter. Il y avait en elle  la  santé  féminine, la  femme  faite 

par les glandes et l'âme. Les autres étaient des coquettes, car l'homme

ne peut être femme naturelle. Ils essayaient d'être femmes. Elle essayait

d'être un être humain. Elle y arrivait, sans doute. Mais en elle subsistait

ce quelque chose d'essentiellement particulier, d'autant plus troublant

qu'elle n'y faisait pas attention  la féminité."


P 125 – 126

 

 

 

.

 


 

  Si les anges existent, alors ils ont un nom...

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30 juillet 2011 6 30 /07 /juillet /2011 10:05

 

cesare_pavese.jpg

 

 

 

 

 Pavese est né le 9 septembre 1908 à Santo Stefano Belbo dans le Piemont. Dans ce roman, le narrateur orphelin élevé par des paysans pauvres, revient dans ce pays après avoir fait fortune aux Etats Unis. Il retrouve ce qu'il avait cru oublier et qui ne s'oublie pas...

Si les lieux et les sentiments que la vie a fait naître à leur contact sont restés tels qu'ils étaient, permanence imuable sur laquelle le souvenir se déchire, il ne reste personne sauf Nuto le confident, l'ami de toujours. La mort et la perte du bonheur promis par la jeunesse et la bauté ont emporté l'Irène, Silvia et Santina...

 

 

Cela semblait un destin. Parfois, je me demandais pourquoi, de tant de gens vivants, il ne restait maintenant que Nuto et moi, précisément nous. L'envie qu'autrefois j'avais eue dans le corps (un matin, dans un bar de San Diego, j'en
avais été comme fou) de déboucher par cette route, de tourner et de franchir la grille entre le pin et la voûte de tilleuls, d'écouter les voix, les rires, les poules, et de dire:
« Me voici, je suis revenu» devant le visage ahuri de tous - des domestiques, des femmes, du chien, du vieux - et les yeux blonds et les yeux noirs des filles m'auraient reconnu de la terrasse - cette envie je ne pourrais plus jamais me la passer. J'étais revenu, j'avais débouché de la route, j'avais fait fortune - je couchais à l'Angelo et je causais avec le Cavaliere -, mais les visages, les voix et les mains qui devaient me toucher et me reconnaître n'étaient plus là. Il Y avait pas mal de temps qu'ils n'étaient plus là.
Ce qui restait était comme une place un lendemain de foire, comme une vigne après les vendanges, comme de retourner seul au restaurant quand quelqu'un vous a plaqué. Nuto, le seul qui restait, n'était plus le même: c'était un homme comme moi. Pour tout dire en un mot, j'étais un homme moi aussi, j'étais un autre - même si j'avais retrouvé la Mora telle que je l'avais connue le premier hiver, et puis l'été, et puis de nouveau été et hiver, jour et nuit, pendant toutes ces années, je n'aurais sans doute su qu'en faire. Je revenais de trop loin - je n'étais plus de cette maison, je n'étais plus comme Cinto, le monde m'avait changé.

 

P 142

 

 

Qu'aurais-je donné pour voir encore le monde avec les yeux de Cinto, pour recommencer à Gaminella comme lui, avec ce même père et, même, avec cette jambe, maintenant
que je savais tant de choses et que je savais me défendre. Ce n'était pas de la pitié que j'éprouvais pour lui: à certains moments, je l'enviais. Il me semblait savoir aussi les rêves
qu'il faisait la nuit et les choses qui lui passaient par la tête tandis qu'il traînait la jambe sur la place. Je n'avais pas marché comme ça, moi, je n'étais pas boiteux, mais combien de fois j'avais vu passer les charrettes bruyantes pleines de femmes et de gosses qui allaient à la fête, à la foire, aux
manèges de Castiglione, de Cossano, de Campetto, partout, et moi, je restais avec Giulia et Angiolina sous les noisetiers, sous le figuier, sur le petit mur du pont, ces longues soirées
d'été, à regarder le ciel et les vignes toujours semblables. Et puis la nuit, toute la nuit, sur la route, on entendait les gens rentrer, chantant, riant et s'appelant à travers le Bclbo.
C'était ces soirs-là qu'une lumière, un feu d'herbes sèches, vus sur les collines lointaines, me faisaient crier et me rouler par terre parce que j'étais pauvre, parce que j'étais un gosse, parce que je n'étais rien. J'étais presque heureux quand survenait un orage, un orage terrible, de ceux qu'il
y a en été, et que cela leur gâtait leur fête. Maintenant, quand j'y repensais, je regrettais cette époque, j'aurais voulu y être de nouveau.

 

P 168

 

De tout cela, de la Mora, de notre vie à nous autres, que reste-t-il? Pendant tant d'années, il m'avait suffi d'une bouffée de tilleul le soir, et je me sentais un autre, je me sentais vraiment moi-même et je ne savais même pas pourquoi. Une chose à quoi je pense toujours, c'est au nombre de gens qui doivent vivre dans cette vallée et en ce monde, auxquels il arrive exactement maintenant ce qui nous arrivait alors, et qui ne s'en doutent pas, qui n'y pensent pas. Peut-être y a-t-il une maison, avec des jeunes filles, des vieillards, une fillette - et un Nuto, une CaneIli, une gare de chemin de fer, et un gars comme moi qui voudrait s'en aller et faire fortune-et des gens qui, en été, battent le blé, vendangent, qui, en hiver, vont à la chasse, une maison avec une terrasse - où tout arrive comme à nous. Il doit forcément en être ainsi. Les garçons, les femmes, le monde n'ont pas changé. Les femmes n'ont plus d'ombrelles, les gens, le dimanche, vont au cinéma au lieu d'aller à la fête, on porte le blé au silo, les jeunes filles fument - et pourtant la vie est la même, et ils ne savent pas qu'un jour, ils regarderont autour d'eux et que pour eux aussi, tout sera passé.

 

P 198

 

La plage - Cesare Pavese

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23 juillet 2011 6 23 /07 /juillet /2011 15:58

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POUR UN NOUVEAU ROMAN - 1963

 

 

Il semble que l’on s’achemine de plus en plus vers une époque de la fiction où les problèmes de l’écriture […] pourront au contraire lui (la création) servir de moteur.

P 11


Chaque romancier, chaque roman doit inventer sa propre forme.

P 11


Car la fonction de l’art n’est jamais d’illustrer une vérité – ou même une interrogation - connue à l’avance, mais de mettre au monde des interrogations (et aussi peut être des réponses) qui ne se connaissent pas encore elles-mêmes.

P 12

 

Cette passion de décrire

P 12


Or le monde n’est ni signifiant ni absurde. Il est, tout simplement.

P 18


C’est avant tout dans sa présence que réside sa réalité […] C’est la destruction des vieux mythes de la profondeur.

P 22


L’écriture comme toute forme d’art est au contraire une intervention.

P 30

 

Le crime, c’est d’affirmer qu’il existe quelque chose, dans le monde, qui n’est pas l’homme, qui n’a rien de commun avec lui. Le crime, surtout, selon leur optique, c’est de constater cette séparation, cette distance, sans chercher à opérer sur elle la moindre sublimation.

P 47


La métaphore, en effet, n’est jamais une figure innocente.

P 48


L’homme regarde le monde, et le monde ne lui rend pas son regard.

P 53


Nous regardons passer les choses pour oublier qu’elles nous regardent mourir.

P 90


L’univers de Bousquet – le nôtre – est un univers de signes. Tout y est signe ; et non pas signe de quelque chose d’autre, quelque chose de plus parfait situé hors de notre portée, mais signe de soi-même, de cette réalité qui demande seulement à être révélée.

P 92

 

La condition de l’homme dit Heidegger, c’est d’être là.

P 95

 

Nous ne croyons pas aux significations figées.

Nous reportons sur l’homme tout notre espoir : ce sont les formes qu’il crée qui peuvent apporter des significations au monde.

P 120


Tout l’intérêt des pages descriptives – c'est-à-dire la place de l’homme dans ces pages – n’est donc pas dans la chose décrite, mais dans le mouvement même de la description.

P 128


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25 avril 2011 1 25 /04 /avril /2011 15:00

 

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Dans le genre polar économique on découvre dans une Russie post-URSS minée par le crime organisé des Pattes-Longues et l'appétit des Nouveaux russes qui s'initient aux joies du capitalisme, l'univers particulier d'un Combinat mené par un homme qui apparaît en clair-obscur comme si le mal avait aussi sa part du bien et que dans la nouvelle Russie avec la mort du communisme s'était aussi définitivement éteint le sentiment de l'innocence, cette certitude que le bien existe  et qu'il est de manière irréductible l'ennemi du mal.

S'il est cependant un personnage qui semble échapper à la chute c'est Irina et sans doute aussi dans un autre genre Sentchiakov dernière épigone des héros au coeur pur comme l'idéologie soviétique en avait produit.

Une sorte d'univers à la Largo Winch où l'auteur s'attache à décrire avec précision les mécanismes économiques qui sont à l'ouvre tout en conservant une incertitude quant au dénoument de l'histoire. Une pléiade de personnages, souvent attachant, car ils naviguent toujours entre le blanc et le noir, y compris celui qui pourrait être le héros du livre et qui perdra son âme en servant avec une fidélité étonnante et presque filiale celui qui le conduira sur le versant obscur.


 

Denis Tcheriaga directeur général adjoint du Combinat métallurgique d'Akhtarsk petite ville de Sibérie de 200 000 personnes

 

Viatcheslav Izvolski dit le Lingo "Viatcheslav Izvolski n'a que trente-quatre ans. C'est un âge plus que jeune pour le patron autocratique du cinquième combinat métallurgique du monde, dictateur sans couronne d'une ville de Sibérie forte de deux cent mille
habitants. Il y a douze ans, svelte et athlétique, il était le chouchou de sa promotion, licencié en boxe par-dessus le marché. Mais depuis ce temps, l'habitude du pouvoir. ..
les pourparlers incessants ... les voyages à répétition ... la paperasserie à n'en plus finir ... la bonne bouffe qu'il ne se refuse jamais ... tout cela lui a joué un mauvais tour.
Son visage naguère émacié a viré au rose, désormais aussi gras que cochon. Les muscles de ses épaules ont tourné à la graisse. Du fond d'un vieux miroir liseré de papier
collé, c'est un gros verrat d'un bon quintal qui regarde aujourd'hui Izvolski. L'idée le prend soudain de se comparer au corps sec et noueux de Tcheriaga, et cette idée
lui arrache un imperceptible soupir."

p 107
Youri Breler "Son vrai nom n'est pas Youri mais Jérémie, avec cette particularité rarissime dans les forces de l'ordre
en Russie, celle d'être Juif.
Ni intellectuel, ni banquier, ni émigré ... figure inclassable que celle de Youri parmi les Juifs de Russie. Ses idoles sont Bagsi Siegel et Moshe Dayan. Avant d'entrer dans la milice, il a travaillé deux ans comme chercheur d'or, et deux ans comme pétrolier-foreur. Il se définit en riant comme le représentant de la plus petite minorité nationale du Grand Nord, celle des Juifs de Sibérie. En dépit de son entregent naturel, il n'a jamais réussi à faire carrière dans la milice d'Etat en raison de l'antisémitisme larvé (ou déclaré ... ) qui est le propre des flics. Au début des années quatre-vingt-dix, il a donc monté à Sounja une petite agence spécialisée dans la vente d'informations confidentielles. L'officine s'appelait Judith en hommage, comme il aimait à l'expliquer, à la jeune héroïne qui signa jadis avec panache le premier acte de diversion jamais attesté par l'histoire dans les arrières ennemis. L'agence vendait ses renseignements à qui voulait bien les acheter : maires, malfaiteurs, gouverneurs ..."

p 27

Dima Nkliassov directeur d'AMK-Invest


Daniel Sentchiakov directeur général de l'usine d'hélicoptères de Kongarsk


Vitia Kamaz "Il est sept heures du soir quand le surnommé Vitia Kamaz, promu "brigadier" de fraîche date, s'introduit dans la suite somptueuse de l'hôtel Lada où son boss la Forge
a élu son quartier général.
La Forge, petit homme sec d'une cinquantaine d'années, observe l'entrée de Kamaz avec curiosité car le bonhomme irradie trouble et désarroi. Or voir Kamaz désemparé est aussi incongru que de voir une armoire désemparée. S'il avait eu une queue, il serait en train de
la tenir serrée entre ses jambes.
- Alors, quelles bonnes nouvelles? demande la Forge avec un sourire sarcastique.
- Un hélico! rapporte Kamaz.
- Comment ça un hélico ?
- Un hélicoptère! de combat ! lance hystériquement le brigadier. Flambant neuf ! Il s'est présenté de face avec des canons de trente. Et des lance-roquettes auxiliaires ! Tcheriaga m'a demandé si j'avais des questions à lui poser.
- Donc, reprend la Forge railleur, un hélicoptère ? Tu as eu la trouille? Tu as fait dans ton froc ? (Sa voix est terrible.) Ah ! pauvre toutou ! Et dire que je t'ai traité comme un homme !"

p 66


Victor Forgev alias La Forge


Volodia Kaliaguine chef de la police industrielle


Irina Grigorievna Denissova une jeune et candide enseignante d'université spécialisée dans la Renaissance italienne


Alexandre Elanov dit l'Elan


Alexandre Doubnov gouverneur de la région de Sounja


Alexandrovitch Arbatov directeur général de la banque Iveko

 

 

"- Je ne comprends pas votre logique! dit Izvolski. Il y avait un paquebot baptisé Economie planifiée. Le bateau a coulé. Tout le monde à l'eau. Les uns à la nage, les autres accrochés à un tronc d'arbre ... Certains ont construit un radeau. Mais combien de passagers peut-on mettre sur un radeau ? Une centaine, à tout casser. Or, ils étaient toute une légion à vouloir monter dessus. Les malfrats d'abord, qui jouaient de la gâchette: "Descends d'là, mec,
ce radeau est à nous!" Puis un vaurien rapplique en agitant un papier: 'Je suis votre gouverneur, légalement élu sur votre radeau!" Puis c'est Moscou qui la ramène avec
ses lois: "Ah! le vilain, tu as cent hommes sur ton radeau pendant que mille autres sont en train de couler. Embarque-les tous ! Paie-leur une retraite à chacun ! Des allocations pour les enfants! Des réductions pour les anciens combattants !" Qu'est-ce que je fais, moi, si mon radeau n'est pas assez solide pour tout le monde ?
"Ensuite, on commence à me crier dessus: Salaud ! tu les as tous saignés ! Une femme s'accrochait au radeau, tu l'as assommée d'un coup de rame sur la tête. Un enfant a
été repoussé, un requin a fini par le manger. C'est vrai, j'ai donné des coups de rame sur les têtes, j'ai arraché des doigts agrippés aux flotteurs. Mais ceux qui crient au
voleur ne sont pas de ceux qui ont construit le radeau; plutôt de ceux qui ont coulé le paquebot."

p 238

 

un avis sur le livre : link


 

 

Latynina-Julia.jpeg

 

 

 

Sur le site d'Actes Sud :

La russe Julia Latynina s'est faite connaître avec « La chasse au renne de Sibérie » chez « Actes Noirs ». Journaliste née à Moscou, elle est extrêmement critique vis à vis des pouvoirs politiques en place en Russie. Et cela se ressent à la lecture du premier volet de sa Trilogie du Caucase  : « Caucase Circus ».



 




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28 février 2011 1 28 /02 /février /2011 20:50

 

 

marcel_proust.jpg

 

 

Tout à coup, je m'arrêtai, je ne pus plus bouger comme il arrive  quand une vision ne s'adresse pas seulement à nos  regards, mais requiert des perceptions plus profondes

et dispose de notre être tout entier. Une fillette d'un blond roux, qui avait l'air de rentrer de promenade et tenait à la main une bêche de jardinage, nous regardait, levant son visage semé de taches roses.
Ses yeux noirs brillaient et, comme je ne savais pas alors, ni ne l'ai appris depuis, réduire en ses éléments . objectifs une impression forte, comme je n'avais pas, ainsi qu'on dit, assez « d'esprit d'observation» pour dégager la notion de leur couleur, pendant
longtemps, chaque fois que je repensai à elle, le souvenir de leur éclat se présentait aussitôt à moi comme celui d'un vif azur, puisqu'elle était blonde, de sorte que, peut-être si elle n'avait pas eu des yeux aussi noirs - ce qui frappait tant la première fois qu'on la voyait - je n'aurais pas été, comme je le fus, plus particulièrement amoureux, en elle, de ses yeux bleus.

 

p 170

 

 

 

Swann, lui,ne cherchait pas à trouver jolies les femmes avec qui il passait son temps, mais à passer son temps
avec les femmes qu'il avait d'abord trouvées jolies. Et c'étaient souvent des femmes de beauté assez
vulgaire, car les qualités physiques qu'il recherchait sans s'en rendre compte étaient en complète opposition
avec celles qui lui rendaient admirables les femmes sculptées ou peintes par les maîtres qu'il préférait.
La profondeur, la mélancolie de l'expression, glaçaient ses sens, que suffisait au contraire à éveiller
une chair saine, plantureuse et rose.

 

p 232

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25 janvier 2011 2 25 /01 /janvier /2011 21:39

 

Pisanello_003.jpg

 

 

 

 

Pisanello-_affreschi_di_sant-anastasia-_meta_sinistra.jpg

 

 

 

"Jamais n'a été formulé à ce point le contraste entre l'horreur dévastatrice

qui est la loi du monde vivant et la beauté des victimes désignées,

cette beauté incorruptible et hors d'atteinte qui n'est

que le reflet de nos désirs exténués et le dernier recours de notre désespoir."

p 153 Jean Tardieu - Les tours de Trébizonde

 

 

 

Sans doute fasciné par les fresques de la chapelle de la famille Pellegrini

dans l'église Sainte-Anastasie de Vérone peintes par Pisanello

s'inspirant de la légende de St Georges (qui a aussi inspiré Jacques Offenbach),

Jean Tardieu a écrit "les tours de Trébizonde".

 

 

 

link

link

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19 janvier 2011 3 19 /01 /janvier /2011 09:28

 

Anais-Nin.jpg

 

 

 

 

Il se peut qu'en amour, ce que nous détestons  le plus dans les promiscuités de l'autre,

ce soit  la révélation de Moi mineurs, des Moi qui ne ressemblent pas à notre rêve,

à notre grand amour, conçu passionnément.

 

p 320  - Journal 1947 - 1955

 


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16 janvier 2011 7 16 /01 /janvier /2011 10:28

 

 

"Parceque le monde est monstrueux. Parceque le monde ne peut mener un homme qu’au désespoir, un désespoir si total, si absolu, que rien n’ouvrira la porte de cette prison, l’absence de toute espérance. A. s’efforce de regarder à travers les barreaux de sa cellule et découvre une pensée, une seule, qui le console quelque peu : l’image de son fils. Et pas uniquement son fils, mais un fils, une fille, nés de n’importe quel homme ou de n’importe quelle femme. Parce que le monde est monstrueux. Parce qu’il ne paraît proposer aucun espoir d’avenir, A. regarde son fils et comprend qu’il ne doit pas se laisser aller au désespoir. Il y a la responsabilité de ce petit être, parcequ’il l’a engendré, il ne doit pas désespérer. Minute par minute, heure par heure, lorsqu’il demeure en présence de son fils, attentif à ses besoins, dévoué à cette jeune vie qui constitue une injonction permanente à demeurer dans le présent, il sent s’évanouir son désespoir. Et même si celui-ci persiste, il ne se l’autorise plus."

 


"Le langage n’est pas la vérité, il est notre manière d’exister dans l’univers." 

 

Paul Auster, L’Invention de la solitude

 


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9 janvier 2011 7 09 /01 /janvier /2011 09:09

 

seras-tu-la.gif

 

 

Un thème intéressant, la possibilité de revivre son histoire en pouvant en modifier le cours,

traité à travers une histoire d'amour.

Le livre se lit facilement mais on est déçu par le style

qui reste comme la lecture, facile...

Les citations, en début de chapitre sont stimulantes...

 

 

 

 

Un beau soir l'avenir s'appelle le passé.

C'est alors qu'on se tourne et qu'on voit sa jeunesse.

Louis ARAGON

 


Et garde tes rêves, (...). Tu ne peux jamais savoir à quel moment tu en auras besoin.

Carlos Ruiz ZAFÔN

 


Je voudrais tant que tu te souviennes des jours heureux où nous étions amis.

En ce temps-là, la vie était plus belle et le soleil plus brillant qu'aujourd'hui.

Jacques PRÉVERT - Joseph KOSMA

 


Nous sommes tous à la recherche de cette personne unique qui nous apportera ce qui manque dans notre vie. Et si on ne parvient pas à la trouver on n'a plus qu'à prier pour que ce soit elle qui nous trouve...

Desperate Housewives

 


Nous traversons le présent les yeux bandés. (...) Plus tard seulement, quand est dénoué le bandeau et que nous examinons le passé, nous nous rendons compte de ce que nous avons vécu et nous en comprenons le sens.

Milan KUNDERA

 


Les hommes n'ont plus le temps de rien connaître. Ils achètent des choses toutes faites chez. les marchands. Mais comme il n'existe point de marchands d'amis, les hommes n'ont plus d'amis.

Antoine de SAINT-EXUPÉRY

 


Ce qu'on appelle une raison de vivre est en même temps une excellente raison de mourir.

Albert CAMUS

 


La vie aura passé comme un grand château triste que tous les vents traversent.

Louis ARAGON

 


Quand plusieurs routes s'offriront à toi et que tu ne sauras pas laquelle choisir, n'en prends pas une au hasard, mais assieds-toi et attends. Attends encore et encore. Ne bouge pas, tais-toi et écoute ton cœur. Puis, quand il te parlera, lève-toi et va où il te porte.

Susanna TAMARO

 


« Ce n'est pas que nous disposons de peu de temps.

C'est surtout que nous en perdons beaucoup. »

Sénèque

 


Vous êtes votre propre refuge

II n'y en a pas d'autre

Vous ne pouvez pas sauver quelqu'un d'autre

Vous ne pouvez sauver que vous-même.

Bouddha

 


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