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25 avril 2011 1 25 /04 /avril /2011 15:00

 

chasse_au_renne_couve.jpg

 

 

Dans le genre polar économique on découvre dans une Russie post-URSS minée par le crime organisé des Pattes-Longues et l'appétit des Nouveaux russes qui s'initient aux joies du capitalisme, l'univers particulier d'un Combinat mené par un homme qui apparaît en clair-obscur comme si le mal avait aussi sa part du bien et que dans la nouvelle Russie avec la mort du communisme s'était aussi définitivement éteint le sentiment de l'innocence, cette certitude que le bien existe  et qu'il est de manière irréductible l'ennemi du mal.

S'il est cependant un personnage qui semble échapper à la chute c'est Irina et sans doute aussi dans un autre genre Sentchiakov dernière épigone des héros au coeur pur comme l'idéologie soviétique en avait produit.

Une sorte d'univers à la Largo Winch où l'auteur s'attache à décrire avec précision les mécanismes économiques qui sont à l'ouvre tout en conservant une incertitude quant au dénoument de l'histoire. Une pléiade de personnages, souvent attachant, car ils naviguent toujours entre le blanc et le noir, y compris celui qui pourrait être le héros du livre et qui perdra son âme en servant avec une fidélité étonnante et presque filiale celui qui le conduira sur le versant obscur.


 

Denis Tcheriaga directeur général adjoint du Combinat métallurgique d'Akhtarsk petite ville de Sibérie de 200 000 personnes

 

Viatcheslav Izvolski dit le Lingo "Viatcheslav Izvolski n'a que trente-quatre ans. C'est un âge plus que jeune pour le patron autocratique du cinquième combinat métallurgique du monde, dictateur sans couronne d'une ville de Sibérie forte de deux cent mille
habitants. Il y a douze ans, svelte et athlétique, il était le chouchou de sa promotion, licencié en boxe par-dessus le marché. Mais depuis ce temps, l'habitude du pouvoir. ..
les pourparlers incessants ... les voyages à répétition ... la paperasserie à n'en plus finir ... la bonne bouffe qu'il ne se refuse jamais ... tout cela lui a joué un mauvais tour.
Son visage naguère émacié a viré au rose, désormais aussi gras que cochon. Les muscles de ses épaules ont tourné à la graisse. Du fond d'un vieux miroir liseré de papier
collé, c'est un gros verrat d'un bon quintal qui regarde aujourd'hui Izvolski. L'idée le prend soudain de se comparer au corps sec et noueux de Tcheriaga, et cette idée
lui arrache un imperceptible soupir."

p 107
Youri Breler "Son vrai nom n'est pas Youri mais Jérémie, avec cette particularité rarissime dans les forces de l'ordre
en Russie, celle d'être Juif.
Ni intellectuel, ni banquier, ni émigré ... figure inclassable que celle de Youri parmi les Juifs de Russie. Ses idoles sont Bagsi Siegel et Moshe Dayan. Avant d'entrer dans la milice, il a travaillé deux ans comme chercheur d'or, et deux ans comme pétrolier-foreur. Il se définit en riant comme le représentant de la plus petite minorité nationale du Grand Nord, celle des Juifs de Sibérie. En dépit de son entregent naturel, il n'a jamais réussi à faire carrière dans la milice d'Etat en raison de l'antisémitisme larvé (ou déclaré ... ) qui est le propre des flics. Au début des années quatre-vingt-dix, il a donc monté à Sounja une petite agence spécialisée dans la vente d'informations confidentielles. L'officine s'appelait Judith en hommage, comme il aimait à l'expliquer, à la jeune héroïne qui signa jadis avec panache le premier acte de diversion jamais attesté par l'histoire dans les arrières ennemis. L'agence vendait ses renseignements à qui voulait bien les acheter : maires, malfaiteurs, gouverneurs ..."

p 27

Dima Nkliassov directeur d'AMK-Invest


Daniel Sentchiakov directeur général de l'usine d'hélicoptères de Kongarsk


Vitia Kamaz "Il est sept heures du soir quand le surnommé Vitia Kamaz, promu "brigadier" de fraîche date, s'introduit dans la suite somptueuse de l'hôtel Lada où son boss la Forge
a élu son quartier général.
La Forge, petit homme sec d'une cinquantaine d'années, observe l'entrée de Kamaz avec curiosité car le bonhomme irradie trouble et désarroi. Or voir Kamaz désemparé est aussi incongru que de voir une armoire désemparée. S'il avait eu une queue, il serait en train de
la tenir serrée entre ses jambes.
- Alors, quelles bonnes nouvelles? demande la Forge avec un sourire sarcastique.
- Un hélico! rapporte Kamaz.
- Comment ça un hélico ?
- Un hélicoptère! de combat ! lance hystériquement le brigadier. Flambant neuf ! Il s'est présenté de face avec des canons de trente. Et des lance-roquettes auxiliaires ! Tcheriaga m'a demandé si j'avais des questions à lui poser.
- Donc, reprend la Forge railleur, un hélicoptère ? Tu as eu la trouille? Tu as fait dans ton froc ? (Sa voix est terrible.) Ah ! pauvre toutou ! Et dire que je t'ai traité comme un homme !"

p 66


Victor Forgev alias La Forge


Volodia Kaliaguine chef de la police industrielle


Irina Grigorievna Denissova une jeune et candide enseignante d'université spécialisée dans la Renaissance italienne


Alexandre Elanov dit l'Elan


Alexandre Doubnov gouverneur de la région de Sounja


Alexandrovitch Arbatov directeur général de la banque Iveko

 

 

"- Je ne comprends pas votre logique! dit Izvolski. Il y avait un paquebot baptisé Economie planifiée. Le bateau a coulé. Tout le monde à l'eau. Les uns à la nage, les autres accrochés à un tronc d'arbre ... Certains ont construit un radeau. Mais combien de passagers peut-on mettre sur un radeau ? Une centaine, à tout casser. Or, ils étaient toute une légion à vouloir monter dessus. Les malfrats d'abord, qui jouaient de la gâchette: "Descends d'là, mec,
ce radeau est à nous!" Puis un vaurien rapplique en agitant un papier: 'Je suis votre gouverneur, légalement élu sur votre radeau!" Puis c'est Moscou qui la ramène avec
ses lois: "Ah! le vilain, tu as cent hommes sur ton radeau pendant que mille autres sont en train de couler. Embarque-les tous ! Paie-leur une retraite à chacun ! Des allocations pour les enfants! Des réductions pour les anciens combattants !" Qu'est-ce que je fais, moi, si mon radeau n'est pas assez solide pour tout le monde ?
"Ensuite, on commence à me crier dessus: Salaud ! tu les as tous saignés ! Une femme s'accrochait au radeau, tu l'as assommée d'un coup de rame sur la tête. Un enfant a
été repoussé, un requin a fini par le manger. C'est vrai, j'ai donné des coups de rame sur les têtes, j'ai arraché des doigts agrippés aux flotteurs. Mais ceux qui crient au
voleur ne sont pas de ceux qui ont construit le radeau; plutôt de ceux qui ont coulé le paquebot."

p 238

 

un avis sur le livre : link


 

 

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Sur le site d'Actes Sud :

La russe Julia Latynina s'est faite connaître avec « La chasse au renne de Sibérie » chez « Actes Noirs ». Journaliste née à Moscou, elle est extrêmement critique vis à vis des pouvoirs politiques en place en Russie. Et cela se ressent à la lecture du premier volet de sa Trilogie du Caucase  : « Caucase Circus ».



 




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