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17 août 2011 3 17 /08 /août /2011 09:33

 

 

Pluto s'essuya les mains et la figure et posa l'écorce  près de lui. Il aurait bien voulu faire de l'œil à Griselda et lui poser la main sur le genou. Au bout d'une ou deux minutes, il trouva moyen de cligner ses deux graines de pastèque, mais il eut beau faire, il ne put réussir à la toucher. La pensée de lui mettre la main sur les genoux, et peut-être de lui glisser deux doigts entre les cuisses, lui enflammait le visage et le cou. 

P 46

 

Tout le jour, le silence régnait autour de l'usine aux murs habillés de lierre. Les machines ne ronflaient pas si fort quand c'étaient des femmes qui les actionnaient. Les hommes faisaient bourdonner l'usine quand ils y travaillaient. Mais, le soir venu, les portes s'ouvraient toutes grandes, et les femmes sortaient avec de grands éclats de rire. Une fois dans la rue, elles retournaient en courant presser leurs corps contre les murs habillés de lierre qu'elles touchaient de leurs lèvres. Les hommes, qui tout le
jour étaient restés là sans rien faire, les entraînaient jusque chez elles et là, les battaient sans merci pour les punir de leur infidélité.

Will sursauta quand il revint à lui et regarda Pluto, Rosamond et Darling Jill. Il s'était absenté, et, maintenant qu'il était de retour, il se trouvait

p 94

 

 

tout étonné de les voir ici. Il se frotta les yeux et se demanda s'il avait dormi. Il savait bien que non, cependant, car son assiette était vide. Elle était là, dans ses mains, lourde et dure.

- Nom de Dieu! murmura-t-il.

Il se rappelait le temps où l'usine, en bas, marchait jour et nuit. Les hommes qui travaillaient dans l'usine avaient l'air fatigués, épuisés, mais les femmes étaient amoureuses des métiers, des broches, de la bourre volante. Les femmes aux yeux fous, dans l'enceinte des murs habillés de lierre, ressemblaient à des plantes en pots toutes fleuries.

Les cités ouvrières s'étendaient d'un bout à l'autre de la vallée, et les filatures aux murs habillés de lierre et les filles aux chairs fermes et aux yeux de volubilis; et les hommes, dans les rues chaudes, se regardaient les uns les autres, crachant leurs poumons dans
l'épaisse poussière jaune de la Caroline. Il savait qu'il ne pourrait jamais se détacher des usines aux lumières bleues, lâ nuit, des hommes aux lèvres sanglantes dans les rues, de l'animation des cités ouvrières. Rien ne pourrait l'en faire partir. Peut-être s'absenterait-il un certain temps, mais il serait malheureux et n'aurait point
'de paix qu'il ne fût revenu. Il lui fallait rester là et aider ses amis à trouver quelque moyen de gagner leur vie. Les rues des usines ne pouvaient exister sans lui. Il lui fallait rester là, y marcher, regarder le soleil se coucher, le soir, sur les murs de l'usine et s'y lever le matin.
Dans les rues des usines, dans les villes de la vallée, les seins des femmes se dressaient, fermes et droits. Les toiles qu'elles tissaient, sous la lumière bleue,
recouvraient leurs corps, mais, sous le vêtement, le mouvement  des seins dressés ressemblait au mouvement des mains inquiètes. Dans les villes de la vallée, la beauté mendiait, et la faim des hommes forts ressemblait aux gémissements de femmes battues.

p 95

 

 

 

Le livre sera mis en images par Anthony Mann en 1958 avec Robert Ryan dans le rôle de Ty Walden, Fay Spain dans celui de Darling Jill et Tina Louise dans celui de Griselda Walden.


 

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