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27 octobre 2014 1 27 /10 /octobre /2014 18:36
Pas pleurer - Lydie Salvayre

Ma mère a été belle. On me dit qu'elle avait autrefois
cette prestance très particulière que conférait aux
femmes espagnoles le port du cantaro sur la tête et
qu'on ne voit aujourd'hui qu'aux danseuses de ballet.
On me dit qu'elle avançait comme un bateau, très
droite et souple comme une voile. On me dit qu'elle
avait un corps de cinéma et portait dans ses yeux la
bonté de son coeur.
Aujourd'hui elle est vieille, le visage ridé, le corps
décrépit, la démarche égarée, vacillante, mais une
jeunesse dans le regard que l'évocation de l'Espagne
de 36 ravive d'une lumière que je ne lui avais jamais
vue. Elle souffre de troubles de la mémoire, et tous
les événements qu'elle a vécus entre la guerre et
aujourd'hui, elle en a oublié à tout jamais la trace.
Maisellegarde absolument intacts les souvenirsde cet
été 36 où eut lieu l'inimaginable, cet été 36 pendant
lequel, dit-elle, elle découvrit la vie, et qui fut sans
aucun doute l'unique aventure de son existence. Estce
à dire que ce que ma mère a tenu pour la réalité
pendant les soixante-quinze années qui ont suivi n'a
pas eu pour elle de réelle existence? Il m'arrive de
le penser.

 

p 16 - 17

 

Pour prolonger la lecture de ce livre magnifique on peut tenter :

Bernanos - Les grands cimetières sous la lune

Malraux - L'espoir

Orwell - Hommage à la Catalogne

Hemingway - Pour qui sonne le glas

Munoz Molina - Dans la grande nuit des temps

Et pour l'esprit de liberté et de révolte

Oates - Bande de filles

 

L'émmission de France Inter

 

 

 

 

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