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2 octobre 2010 6 02 /10 /octobre /2010 19:11

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Un sentiment instinctif m'a fait tourner la tête et je l'ai  aperçue depuis l'autre côté de la rue. Appuyée contre un mur  lépreux, elle s'érigeait, immobile comme une statue.

Elle portait des bottes de cuir noir à hauts talons et des  gants également de cuir qui luisaient dans la pénombre, cap- tant le plus ténu rais de lumière, comme s'ils ruisselaient  d'eau. Une jupe sombre, retenue par une ceinture à grosse  boucle de métal, lui arrivait aux genoux, laissant apparaître,  entre l'ourlet et le haut des bottes, la soie d'un bas noir. Un  chandail clair moulait son buste. Orgueilleusement, ses seins  de putain pointaient, lançant un double défi de leurs deux  bouts acérés. Sa physionomie vulgaire, aux yeux profondément enfoncés dans les orbites, à la bouche béante comme  celle d'une noyée, exprimait une sorte de mépris hébété.

Je l'ai aperçue depuis l'autre côté de la rue et elle m'a  rappelé qu'il existait des femmes et qu'elle était mieux qu'un  échantillon de ce sexe, qu'elle représentait pour moi, à ce  moment, la Femme elle-même, et en même temps quelque  chose d'autre, de dangereux et de sacré, une goule dispensatrice de plaisir.

Je l'ai aperçue depuis l'autre côté de la rue et, dès que  je l'ai eu aperçue, j'ai eu envie d'elle à en crier. Elle s'offrait  à l'étal, à moi sur un signe. Il n'était que de s'entendre sur le prix... .  

Ce rappel pécuniaire m'a fait retomber sur terre. Je n'avais pas d'argent. Ou si peu. Mon désir de bénéficier des caresses tarifées de cette femme s'en est accru, nuancé d'un  peu de haine.

Je me suis éloigné lentement, tordant le cou pour ne la  point perdre de vue.

Elle restait spectralement immobile, phosphorescente de la tête aux pieds, comme une viande en décomposition.

 

 

 

p 32


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