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2 décembre 2018 7 02 /12 /décembre /2018 15:31

Nous étions l'avenir - Yaël Neeman

 

 

Le kibboutz n'est pas un village au paysage pastoral,
avec ses habitants pittoresques, ses poules et ses
arbres de Judée. C'est une oeuvre politique, et rares
sont les gens de par le monde qui ont vécu, par choix
et de leur libre volonté, une telle expérience, la plus


ambitieuse qui fut jamais tentée. Qui pourrait 'dire
non à une tentative de fonder un monde mei lieur, un
monde d'égalité et de justice? Nous n'avons pas dit
non. Nous avons déserté."
Avec humour, compassion, mais aussi avec une
lucidité totale, Yaël Neeman raconte l'histoire du
kibboutz Yehi'am, que ses parents, originaires de
Hongrie, ont participé à fonder. À travers les yeux
d'une enfant puis d'une adolescente qui ne sait pas
dire "je", qui se fond mentalement dans un "nous"
permanent au service d'une utopie hors d'atteinte,
elle initie le lecteur à cette vie si particulière. Jusqu'au
jour où la séparation se produit.
Une analyse d'une fécondité extrême sur l'individu,
la société, le poids des idéologies et des bonnes
intentions, dans ce qui fut une expérience incroyablement
audacieuse.


Yaël Neeman est née en 1960 au kibboutz Yehi'am. Elle vit
aujourd'hui à Tel-Aviv. Elle a publié des nouvelles et des
poèmes. Nous étions l'avenir a paru chez Actes Sud en 2015.

 

 

Et c'étaient vraiment de belles années baignées
d'or. Parce que nous vivions dans la température glaciale
et brûlante d'un soleil éternel.

P 8

 

Nous ne savions pas que nous étions nés en
1960 sur une étoile dont la lumière était morte
depuis longtemps et qui sombrait déjà dans la me
r.
Nous ne savions pas que le mouvement kibboutzique
avait été au faîte de sa gloire dans les années 1930,
à l'époque des "Murs et tours?" et qu'avant même
la création de l'État d'Israël en 1947, la population
des kibboutzim avait atteint son maximum et représentait
7 % de la population juive vivant en Israël.
Ce pourcentage avait déjà chuté en 1948 et n'était
plus que de 3,3 % dans les années 1970.
Nous ne savions pas que notre étoile n'éclairait
plus qu'elle-même. Nous nous pensions semeurs et
bâtisseurs.

P 15

 

Nous étions galvanisés par le slogan
enflammé "Au sionisme, au .socialisme, à la fraternité
des peuples"

p 19

 

Nous croyions cueillir des étoiles scintillantes qui
illumineraient les cieux de tous et de tous les pays
du monde. À la lumière de ces flambeaux, les prolétaires
marcheraient vers un monde où régneraient
la justice et l'égalité.

Mais cette marche forcée nous
était si douloureuse que nous ne pouvions penser
qu'à elle. Nous avions oublié avec qui établir l'égalité,
avec qui faire la paix, pour qui viendrait la justice.
Nous buvions notre propre sueur et nous n'aidions
personne.

P 21

 

Mais dressée sur sa butte
sous le ciel, dominant le paysage, la forteresse des
Croisés témoignait par son existence même de la
permanence d'une histoire, sublime, toujours présente
et belle, qui se perpétuait en même temps que
notre foi, tendue vers un avenir autre que tout ce
que l'humanité avait jamais connu, un avenir qui
abolirait le passé.

P 47

 

À l'HaChomer Hatzaïr, on pensait que tout pouvait
s'apprendre et s'enseigner dans ces séminaires,
que la révolution socialiste serait le fruit de nos
mains, que nous en étions les artisans.

P 225

 

Rares sont les gens de par le monde qui ont vécu, par
choix et de leur libre volonté, une telle expérience, la
plus ambitieuse qui fût jamais tentée, celle de bâtir
un autre monde nécessitant une conception différente
de la famille et du foyer.

P 247-248

 

Notre mythe, celui de la création d'un monde nouveau, 
cette expérience inaboutie, nous nous le racontions sans cesse, 
même après notre départ.

P 248

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