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17 mars 2021 3 17 /03 /mars /2021 09:52

 

Voulue comme réponse au mouvement #14septembre1  lancé par des lycéennes et collégiennes qui revendiquaient le droit de porter ce qu’elles voulaient sans être réduites à des objets sexuels, ce rappel du Ministre de l’Education Nationale2 à une norme vestimentaire « allant de soi » mais non explicitée, dont on peut cependant supposer qu’elle est définie par des hommes blancs appartenant aux classes sociales privilégiées, visait particulièrement les filles et collatéralement, peut-être, les porteurs de cagoules ont-ils pu sentir aussi le vent du boulet… Loin d’apparaître comme un phénomène anecdotique, le mouvement du 14 septembre s’inscrit dans la lutte du contrôle des corps féminins dont la visibilité s’est accrue depuis quelques années, et qui a connu une diffusion médiatique importante avec le hashtag  #metoo crée par la militante féministe américaine Tarana Burke3  ou avec sa version francophone #balancetonporc.

 

 

Cruelle prise de conscience pour notre République émancipatrice, le corps des femmes et sa vêture seraient l’objet d’injonctions politiques que seul l’œil égaré d’un patriarcat menacé de cécité ne peut voir que dans les sociétés musulmanes, mais que les femmes ressentent souvent au quotidien dans l’espace publique ou privé, dans ce que l’on pourrait appeler, comme J.C. Kaufmann une tentative de « redomestication » des femmes, couplée avec celle de conjuration de la peur « Une image sombre et tenace hante ce livre4  : elle évoque la peur séculaire suscitée par le corps des femmes. Certes, la peur a été accompagnée de fascination et de convoitise. Mais la peur a été réelle et fertile en violences. Car le corps féminin est apparu longtemps comme une source de débauche, de dépravation – donc de désordre social. En particulier, la sexualité féminine a été perçue comme mystérieuse et puissante, habitée par le diable.5  »

L’intervention du ministre s’inscrit donc dans la définition d’une norme sensée baliser ce qui est licite ou non en termes de tenue vestimentaire. Elle rappelle la pensée profonde de cet officier de police canadien, Michael Sanguinetti ayant déclaré qu’une femme « ne devrait pas s’habiller comme une salope si elle ne voulait pas être victime d’abus »  à l’origine d’une série de Slutwalk dans plusieurs pays, et signale que l’habillement pour les femmes est tout sauf innocent puisqu’il peut les mettre en danger…

 

https://toomics.com/fr/webtoon/detail/code/100816/ep/1/toon/5062

 

Or en ce domaine tout est question d’équilibre, ni trop long7  ni trop court8  mais suivant la longueur ce n’est pas le même public qui se retrouve dans le viseur. Depuis 1989 et les premières affaires du foulard, puis la loi de 2004 sur le port de signes religieux ostentatoires, la visibilité de l’Islam dans l’espace public, surtout lorsqu’elle passe par les femmes est l’objet de polémiques régulières9  et d’encouragement à durcir les lois définissant la laïcité, afin de s’en servir pour endiguer ce qui est vue comme un séparatisme communautaire ou une attaque contre le vivre ensemble républicain. D’un autre côté, ce rappel à l’ordre sonne bien étrangement dans la société française. Se voyant en fidèle héritière des lumières, une idéologie teintée de républicanisme considère qu’elle a réglé les problèmes d’inégalité en légiférant10  et pense que ces jeunes femmes vont trop loin, un peu comme les féministes d’aujourd’hui qui refuseraient de croire « au mythe d’une égalité déjà-là » (Christine Delphy). En effet, un courant encore minoritaire commence à laisser entendre qu’une partie des féministes a dévoyé leur cause, et que d’un combat pour l’égalité on est passé à un combat pour une société où les hommes seraient frustrés et dominés par les femmes. Dans cette perspective c’est la masculinité qui est remise en cause, dès lors qu’il s’agit de tous partager y compris les tâches ménagères, dans cette seconde journée de travail dont les femmes ne sont jamais créditées. On mesure à quel point cette troisième vague du féminisme11  peut être particulièrement déstabilisante dans son dernier bastion, la sexualité masculine qui fonctionnait selon les modalités que certains.es auteurs.trices ont voulu décrire dans « une séduction à la française » où « la galanterie française comme modèle civilisationnel de la pacification et de l’apaisement des mœurs compense l’inégalité des sexes par « la politesse, par le respect et par la générosité » (Raynaud, 1989, p. 180)12 . Dans ce nouveau cadre post-égalitaire, ce sont ces relations de séduction qui sont remises en cause par les féministes. Elles contestent la transaction implicite qui veut qu’en contrepartie de leur inégalité les femmes obtenaient que les hommes inscrivent leur sexualité dans des rapports conventionnels qui limitaient leurs excès avec des pratiques codifiées que les auteurs.trices appellent « la galanterie à la française ». Les féministes de la troisième vague refusent d’échanger leur tranquilité sexuelle par la soumission de leur apparence au désir masculin. En libérant leur corps des contraintes physiologiques qui pesaient sur elles au moyen de la contraception, tout en exprimant la possibilité d’un choix dans leur sexualité et en assumant de visibiliser cette liberté dans l’espace public en portant les vêtements qu’elles souhaitent, sans avoir à redouter les pulsions des hommes, ces jeunes femmes reçoivent de plein fouet un choc en retour, en découvrant que l’égalité est  encore à venir. Le message qui leur est adressé correspond à celui-ci « Ne tentez pas les hommes par des comportements ou une façon de vous vêtir qui vous exposeraient à être traitée comme vous le méritez » qui rappelle douloureusement que la culture du viol imprègne toujours notre société, prompte à faire reposer la faute du viol sur le comportement des femmes13 .

 

 

Aussi anodins qu’ils puissent paraître, les propos du Ministre font surgir à la lumière, l’impensé volontaire de notre société patriarcale qui a doublé le Contrat social originel sur lequel est fondé l’ordre politique, avec sa contrepartie restée dans l’ombre et que Carole Paterman appelle le Contrat sexuel14 . Celle-ci propose de déconstruire le mythe du Contrat social réglant symboliquement les relations que nouent les êtres humains pour vivre ensemble, assurant juridiquement l’égalité formelle, mais pas pour autant réelle entre les hommes et les femmes, pour découvrir l’existence d’une sorte de contrat sexuel refoulé15 . Selon la fiction héritée des Lumières (Hobbes, Locke et Rousseau), le contrat social fonde l’origine du politique et vise à le légitimer dans l’accord conclu par des personnes libres et autonomes pour se doter d’un gouvernement censé dépasser un état de nature fictionnelle, dans lequel auraient vécus les hommes. Dans ce récit, le contrat sexuel est implicite, sous-jacent, et renvoie au fait que le corps des femmes reste à la disposition des hommes. Dans le croisement entre égalité et liberté, le problème du corps est à la fois impensé et central. C’est là que s’exerce le mieux la domination masculine.

 

 

Les femmes musulmanes et l’Islam

Il semblerait que ce rappel à la norme s’effectue selon deux directions :

L’une très classique depuis quelques années s’exerce en direction des femmes musulmanes et du voile. Elle se donne pour but de libérer ces femmes voilées, poursuivant en cela l’œuvre entreprise pendant la colonisation de l’Algérie avec des cérémonies de dévoilement « Les Algériennes furent ainsi incitées, pour ne pas dire obligées, de se dévoiler au nom de l'émancipation des femmes par des associations féminines qui se voulaient charitables. Le 13 mai 1958, des musulmanes sont installées sur un podium à Alger, place du Gouvernement. Dans une mise en scène  très orchestrée, elles brulent leur voile. (En 1960, le photographe Marc Garanger, alors jeune appelé, fut bouleversé par le travail qu'on lui imposa : faire des photos d'identité de Kabyles, voile arraché.)16  »

 

 

On peut suivre ce qui va devenir une obsession française en relevant toutes les « affaires » qui ont ponctué l’actualité depuis 1989 jusqu’à la polémique sur le burkini de l’été 201617 . Cette diabolisation du voile fait bien peu de cas du sens donner à cet acte par celles qui le portent18 , qui lorsqu’elles sont écoutées par les sociologues font plutôt état « d’une contrainte libératoire19  » prouvant qu’elles sont capables de rationaliser leurs choix, et nous invitant à refuser les raccourcis idéologiques qui construisent l’Islam comme une nouvelles barbarie, dont les femmes seraient les premières victimes. Ces jugements portés sous couvert d’universalisme, s’appuyant bien souvent sur des situations réelles où les femmes sont victimes d’une utilisation régressive de l’Islam comme en Arabie Saoudite, en Afghanistan ou en Iran, sont transposés sans mise en perspective dans notre société, comme si le voile représentait la même chose en France et dans ces pays. Ils se dédoublent aussi du refus de permettre la visibilité des femmes voilées dans l’espace public20 , droit que leur reconnaît pourtant la laïcité21 , et du dénie le leur droit à être écoutées. C’est bien ce refus du droit à la parole qu’a montré l’audition de la vice-présidente de l’UNEF par une commission de l’Assemblée Nationale,  lorsqu’une partie de ses membres a quitté la salle22 .Comme le rappelle Agès de Féo23  « On ne parle pas avec eux, car ceux-ci auraient abandonné leur statut de sujet autonome ». En effet dans la vulgate islamophobe, toute femme voilée a perdu son libre arbitre et ne peut qu’être qu’influencée ou contrainte, le voile étant forcément la marque d’un Islam politique  qui prône le séparatisme pour détruire le vive ensemble et la laïcité. Ce qui est à l’œuvre derrière cette mise en scène, c’est la tentative d’exclure les femmes voilées de la possibilité de s’exprimer à l’intérieur des institutions syndicats, associations, partis politiques, etc… Contrairement à cette idée que l’on assène, ce ne sont pas ces femmes qui « se séparent » de la société, mais bien ceux qui ont choisi de mener un combat contre l’Islam qui essaient de les exclure des droits que la République confère à tous citoyens. Pour autant, rappeler qu’il est nécessaire de considérer le port du voile et la pratique de l’Islam dans la pluralité des interprétations que leur donnent les sujets concernés, ce n’est pas nier qu’il existe un Islam politique24 qui tente depuis plusieurs années une réislamisation par le bas. Mais là encore, il convient d’étudier ce phénomène dans toutes ses dimensions qui lorsqu’elles contreviennent à la loi française font l’objet d’une répression25 , plutôt que de s’en servir pour alimenter des peurs. Ce n’est pas nier non plus qu’un terrorisme se prévalant de l’Islam commet des attentats sur notre territoire et qu’il est nécessaire d’en protéger l’ensemble des citoyens pour garantir une liberté d’expression qui s’incarne dans la tragédie des attentats de Charlie hebdo. La compréhension n’équivaut pas à excuser contrairement à la logorrhée anti-sociologique de N. Sarkozy26  ou de M. Valls27 , elle permet seulement d’exercer de façon un peu plus éclairé par l’usage de la raison plutôt que par la passion, le libre arbitre propre à chacun en tant que citoyen politique d’un pays libre, et peut-être est-elle aussi, comme le suggère A. Fuchs la meilleurs façon de lutter contre le terrorisme « « Les enseignements des sciences sociales sont la meilleure façon de lutter efficacement contre toutes les formes de terrorisme. Leurs analyses et explications proposées par les chercheurs qui se consacrent à ce domaine sont essentielles à cet égard. Connaître les causes d’une menace est la première condition pour s’en protéger.28  »

 

 

Les féministes et la politisation des corps

L’autre direction dans laquelle s’exerce ce retour aux normes est plus diffuse, mais remonte bien plus loin dans l’histoire de notre société. Ce n’est pas d’aujourd’hui que des forces de rappel s’exercent sur le corps des femmes et la façon de se vêtir comme en témoigne la loi du 17 novembre 1800 interdisant aux femmes de porter le pantalon, loi implicitement abrogée seulement en 2013. Mais de façon beaucoup plus insidieuses, ces forces trouvent un prolongement dans le comportement même de certains hommes qui actualisent dans leurs actes une idéologie patriarcale fonctionnant comme un ensemble de références largement partagées et là encore contrairement à une idée préconçue, ce n’est pas seulement dans « les quartiers » que ces comportements s’expriment, mais dans tous les milieux de la société, y compris à l’Assemblée Nationale où Cécile Duflot  « appelée à prendre la parole le 17 juillet 2012 à l'Assemblée nationale, lors d'une séance de "Questions au gouvernement", celle qui était alors ministre de l'Égalité des territoires avait été accueillie par des quolibets émanant des rangs des députés UMP.

 

 

L'épisode avait mis au jour, comme c’est le cas régulièrement, la persistance des attitudes machistes au sein de l'Assemblée nationale29  » parfaite illustration de ce qu’Isabelle Adjani appelait les trois G « En France il y a les trois G : Galanterie, Grivoiserie, Goujaterie30  ». Plus largement, d’après une enquête de l’INED plus de 3 millions de femmes sont concernées chaque année par le harcèlement de rue31  obligeant les femmes à adapter leurs comportements et leurs tenues « Les femmes qui prennent les transports, principalement en soirée, font aussi en sorte d'adapter leur tenue vestimentaire à leurs déplacements. Le but ? Éviter à tout prix d'attirer les regards, en particulier celui des hommes. Elles bannissent donc tout signe extérieur de féminité en troquant talons, jupe courte et décollé contre un pantalon, des talons plats et un sac en bandoulière. Ces restrictions que les femmes apportent d'elles-mêmes à leur tenue montrent clairement la persistance de certains stéréotypes sexuels. L'idée de prendre le train ou le métro dans une tenue courte ou féminine "renvoie dans leur esprit à une idée reçue : la disponibilité sexuelle de la femme", souligne l'étude.32  » Paradoxalement, ce courant qui édicte des normes vestimentaires des sortes de « dress code » dont les femmes auraient à tenir compte pour ne pas réveiller le prédateur caché en tout homme selon E Zemmour33 , dès lors qu’elles sortent de leur domaine réservé et exclusif, l’intérieur de leur foyer pourtant considéré, selon une étude de l’ONU34 , comme l’endroit le plus dangereux pour elles, prend à revers l’idéologie post-soixante-huitarde qui veut que la nudité représente l’idéal de libération des femmes. « Le rapport à la nudité est un autre indice de ces nouveaux usages transgressifs qui iront en s'accentuant et annoncent une mutation des comportements intimes et des représentations de la sexualité (…) les premiers seins nus et monokinis affirment un autre rapport au corps et à son exhibition. Cet usage public de soi n’est rebelle que parce qu'il choque un puritanisme ambiant et qu'il offre un potentiel libérateur.

 

 

Il n'est cependant pas sans lien avec une nouvelle esthétique contraignante de la féminité et un surinvestissement du corps féminin érotisé comme vecteur commercial privilégié.35  » De même il semble aller contre l’hypersexualisation36  de notre société, un phénomène émergeant qui érotise l’image corporelle des filles de plus en plus jeunes et qui se manifeste selon S. Richard-Bessette par : «Une tenue vestimentaire qui met en évidence des parties du corps (décolleté, pantalon taille basse, pull moulant, etc.). - Des accessoires et des produits qui accentuent de façon importante certains traits et cachent « les défauts » (maquillage, bijoux, talons hauts, ongles en acrylique, coloration des cheveux, soutien-gorge à bonnets rembourrés, etc.). - Des transformations du corps qui ont pour but la mise en évidence de caractéristiques ou signaux sexuels (épilation des poils du corps et des organes génitaux, musculation importante des bras et des fesses, etc.). - Des interventions chirurgicales qui transforment le corps en « objet artificiel »: seins en silicone, lèvres gonflées au collagène. - Des postures exagérées du corps qui envoient le signal d’une disponibilité sexuelle: bomber les seins, ouvrir la bouche, se déhancher, etc. - Des comportements sexuels axés sur la génitalité et le plaisir de l’autre.37  »

 

 

Une hypersexualisation envahissant tous les domaines et qui produit non seulement des normes comportementales, mais aussi des schèmes de pensées et d’action dans lequel les sujets viennent puiser pour entretenir des relations sociales avec les autres, leur transférant une partie de la violence symbolique contenue jusqu’alors dans l’imaginaire « par la transmission de stéréotypes du genre femme-objet et homme-dominateur; » générant «  une violence sociale engendrée par la banalisation et la pornographisation de l’univers médiatique; une violence économique par la glorification de l’acte de consommer et la pression sur les plus jeunes; une violence politique entretenue par l’inhabilité de l’État à protéger les enfants et les jeunes du capitalisme débridé38  »

Avec cette objectivation sexuelle, le corps mis en scène comme un objet sexuel disponible pour les hommes est perçu comme un signal transformant « les femmes en morceaux de viande destinée à la consommation masculine.39  » On peut donc interpréter les propos du ministre comme une mise en garde contre le phénomène d’hypersexualisation mais on s’étonnera alors, qu’il ne fasse l’objet d’aucun cadrage théorique qui, plutôt que de culpabiliser celle que l’on considère comme des victimes éventuelles, situerait clairement les responsabilités du côté d’une société dont le patriarcalisme s’accommode très bien d’un phénomène largement investi par l’économie marchande, qui joue sur les fantasmes, même les plus sexistes, pour vendre dans un contexte où consommer devient un des buts assignés au bonheur.

 

 

Patriarches de tous les pays unissez vous

Si l’aspect moralisateur contenu dans les propos ne déplaira pas sans doute à une frange de la population qui rêve d’un retour à l’idéal des « hussards noirs » dont on peut suivre la trace à travers les querelles récurrentes  sur l’école, nous continuerons à identifier les ressemblances qui surgissent lorsque l’on met à jour les sous-entendus du tel rappel. On retrouve à l’origine du mouvement #14septembre l’idée que les lycéennes ne sont pas tout à fait libres de choisir leur tenue en raison de l’effet produit sur les hommes « Plusieurs lycéennes interrogées s’offusquent en particulier d’un argument utilisé pour leur imposer de se couvrir : des tenues trop légères pourraient perturber le bon déroulement des cours. "En seconde, je portais un gilet à trous, une conseillère d’éducation m’a dit que ça n’était pas approprié au lycée et que je pouvais déconcentrer les profs et les garçons, rapporte Élisa, du lycée Condorcet40 . » selon Claude Habib « Toutes les sociétés rencontrent le problème de la domestication du désir masculin. Nous sommes des mammifères, et la testostérone produit des effets spécifiques » et pour J.W. Scott « l’Islam est un système qui affirme que le sexe et la sexualité sont des problèmes et que ceux-ci doivent être sous contrôle. » Ainsi, on peut mesurer combien des logiques similaires qui visent à contrôler le corps des femmes sont agissantes dans des cultures qu’on présente pourtant comme en complète opposition selon l’axiologie suivante, moderne/archaïque, libératrice/oppressive, universaliste/communautariste, des termes, chacun l’aura compris que recouvre le couple nous/eux, occident/islam. On peut mesurer aussi à quels points les critiques adressées à l’Islam en tant que système patriarcal instaurant une soumission des femmes au bénéfice des hommes,  invisibilisent des mécanismes de domination homologue dans notre propre culture entre la pression à se dénuder pour les unes, et à se voiler pour les autres, l’écart n’est pas si grand. Comme le dit Christine Delphy, «dans les deux cas le référent par rapport auquel les femmes doivent penser et agir leur corps reste le désir masculin41 »

Chaque année, 1,2 million de femmes sont victimes d’injures sexistes. Une salariée sur 3 déclare avoir subi du harcèlement sexuel au travail. Plus de 200 000 femmes vivent avec un conjoint violent. Chaque année, 94 000 femmes sont victimes de viol ou de tentative de viol. En 2019, 152 femmes sont mortes assassinées par leur conjoint ou leur ex-conjoint. 4 millions de personnes ont été victimes d’inceste.

 

1 - https://www.liberation.fr/debats/2020/09/19/14-septembre-derriere-la-regle-floue-de-la-tenue-normale-se-cachent-les-discriminations_1799917

2 - https://www.leparisien.fr/societe/tenues-a-l-ecole-on-vient-habille-d-une-facon-republicaine-estime-blanquer-21-09-2020-8388612.php
3 -  https://www.liberation.fr/planete/2018/01/12/qui-est-tarana-burke-la-femme-a-l-origine-de-metoo_1621704
4 -  « Corps de femmes – sexualité et contrôle social » M. T. Coenen
5 -  https://www.cairn.info/corps-de-femmes-sexualite--9782804139476-page-13.htm
6 -  « Hommes affublés d'un soutien-gorge et d'une minijupe, femmes d'âge moyen accompagnées de leur fille, transsexuels hauts en couleur arborant talons aiguilles et boucles d'oreilles fluo, mères lesbiennes et femmes en burqa. Le 11 juin 2011, tous ont arpenté les rues du centre de Londres à l'occasion de la SlutWalk, ou "marche des salopes » C Bard 3Le féminisme au-delà des idées reçues » p 175
7 -  https://actu.fr/ile-de-france/montereau-fault-yonne_77305/lycee-une-eleve-interdite-dentree-a-cause-dune-jupe-trop-longue_6903926.html
8 -  https://www.sudouest.fr/2011/06/01/pour-une-jupe-trop-courte-au-college-elle-doit-porter-une-blouse-414642-3.php
9 -  https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2016/08/26/comment-le-burkini-est-devenu-la-polemique-du-mois-d-aout_4988517_4355770.html
10 -  https://www.egalite-femmes-hommes.gouv.fr/dossiers/parite-et-responsabilites-politiques/des-lois-pour-inciter/les-grandes-dates-de-la-parite/
11 -  S'agit-il d'une continuation de la deuxième vague ou de la naissance d'une troisième vague? En tout cas, c'est l'apparition sur la scène féministe d'une nouvelle génération née dans les années 1970. Elle est déterminée à combattre le sexisme. P 166 (…) ce qui caractérise la troisième vague est la profusion de nouvelles identités culturelles politiques qui complexifient toutes les questions traditionnelles du féminisme et en posent de nouvelles. P 169 C Bard « Le féminisme au-delà des idées reçues »
12 -  https://www.cairn.info/revue-pensee-plurielle-2013-2-page-205.htm
13 -  https://www.lemonde.fr/culture/article/2019/07/30/elle-l-a-bien-cherche-le-douloureux-parcours-des-victimes-de-viol_5495045_3246.html
14 -  Le Contrat sexuel de Carole Pateman, publié en 1988 aux États-Unis (…)Au croisement de la théorie politique et de la critique féministe, l'auteure propose une relecture des théories classiques du contrat social à partir d'une proposition simple : « le contrat originel est un pacte indissociablement sexuel et social, mais l'histoire du contrat sexuel a été refoulée » (p. 21) (…)En effet, le contrat sexuel est à l'origine d'un droit sexuel : le droit des hommes, en tant qu'ils sont des hommes, de disposer librement du corps des femmes. https://journals.openedition.org/lectures/1256
15 -  « le contrat originel est un pacte indissociablement sexuel et social, mais l'histoire du contrat sexuel a été refoulée » (p. 21).
16 -  https://information.tv5monde.com/terriennes/viols-voiles-corps-de-femmes-dans-la-guerre-d-algerie-3406
17 -  https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2016/08/26/comment-le-burkini-est-devenu-la-polemique-du-mois-d-aout_4988517_4355770.html
18 -  Le premier pas est bien celui de la reconnaissance. De la reconnaissance des femmes qui portent le voile comme des êtres à part entière, de la reconnaissance de leur humanité pleine, de leur raison, de leur force d’agir et de penser. https://ntarajel.wordpress.com/2019/05/23/education-pour-toutes/
19 -  C’est ainsi qu’on peut appréhender des pratiques telles que la virginité (ou le voile), non pas tant comme des impositions culturelles subies, mais plutôt comme des stratégies, tentatives pour préserver une marge d’agency, parfois bien réduite il est vrai, dans un espace constitué de contraintes multiples et contradictoires. https://www.cairn.info/revue-multitudes-2006-3-page-123.htm
 https://www.20minutes.fr/politique/2627647-20191014-polemique-conseil-regional-contrairement-dit-elu-rn-accompagnatrice-droit-porter-voile
20 -  Comme le rappelle sur Twitter Nicolas Cadène, rapporteur général de l’Observatoire de la laïcité, « la loi de 2004 interdit le port de signes ostensibles aux seuls élèves – parce que mineurs en phase d’acquisition des bases du savoir – et non aux parents. Jacques Chirac et la Commission Stasi à l’origine de la loi ne voulaient justement pas d’une application plus large ». La loi de 2004 n’a donc jamais étendu l’interdiction du port du voile aux parents accompagnateurs.
21 -  https://www.huffingtonpost.fr/entry/maryam-pougetoux-etudiante-voilee-a-lassemblee-divise-encore-la-majorite_fr_5f6468bbc5b6480e896cb1c2
22 -  Agnès De Féo, Derrière le niqab. Dix ans d’enquête sur les femmes qui ont porté et enlevé le voile intégral, Armand Colin, septembre 2020 ; préface d’Olivier Roy. – 282 p.
23 -  « une personne qui de toute évidence a des signes manifestes de religion, d’islam politique en réalité » http://www.leparisien.fr/politique/responsable-de-l-unef-voilee-retour-sur-une-semaine-de-polemique-20-05-2018-7726500.php.
24 -  La loi SILT a été adoptée pour faire suite à l’état d’urgence, dont elle a adapté certaines dispositions dans la législation ordinaire. Elle prévoit notamment que, pour « prévenir la commission d’actes de terrorisme », les préfets peuvent prononcer la fermeture d’un lieu de culte « dans lequel les propos qui sont tenus, les idées ou théories qui sont diffusées ou les activités qui se déroulent provoquent à la violence, à la haine ou à la discrimination, provoquent à la commission d’actes de terrorisme ou font l’apologie de tels actes ». https://www.lemonde.fr/societe/article/2019/06/13/fermeture-de-mosquees-une-association-accuse-l-etat-de-punition-collective_5475850_3224.html
25 -  "Quand on veut expliquer l'inexplicable c'est qu'on s'apprête à excuser l'inexcusable » la célèbre réponse de Nicolas Sarkozy à Arlette Chabot en 2007:
26 -  « J’en ai assez de ceux qui cherchent en permanence des excuses ou des explications culturelles ou sociologiques à ce qui s’est passé », avait déclaré le premier ministre au Sénat, deux semaines après les attaques de novembre 2015. Il avait enfoncé le clou le 9 janvier, lors d’un hommage aux victimes de l’attaque de l’Hyper Cacher : « Il ne peut y avoir aucune explication qui vaille. Car expliquer, c’est déjà vouloir un peu excuser. »
27 -  https://www.lemonde.fr/societe/article/2016/03/03/terrorisme-la-cinglante-reponse-des-sciences-sociales-a-manuel-valls_4875959_3224.html
28 -  https://www.huffingtonpost.fr/2016/11/18/la-robe-qui-avait-valu-des-sifflets-a-cecile-duflot-a-lassemblee-nationale-entre-au-musee_a_21609212/
29 -  https://www.huffingtonpost.fr/2017/10/15/isabelle-adjani-sur-laffaire-weinstein-en-france-il-y-a-les-trois-g-galanterie-grivoiserie-goujaterie_a_23243744/
30 -  https://www.terrafemina.com/article/harcelement-de-rue-3-millions-de-femmes-le-subissent-chaque-annee-en-france_a338062/1
31 -  https://www.terrafemina.com/article/6-femmes-sur-10-ont-peur-d-etre-agressees-dans-les-transports-en-commun_a265359/1
33 -  « L’homme est un prédateur sexuel, un conquérant. » E Zemmour, Le premier sexe p 32-33
34 -  https://www.francetvinfo.fr/societe/droits-des-femmes/feminicides-le-domicile-est-l-endroit-le-plus-dangereux-pour-les-femmes-selon-une-etude-de-l-onu_3052179.html
35 -  68 une histoire collective – La politisation des corps, F. Rochefort p 616
36 -  L’hypersexualisation « se manifeste dès lors qu’il y a surenchère à la sexualité qui envahit tous les aspects de notre quotidien et que les références à la sexualité deviennent omniprésentes dans l’espace public : à la télévision, à la radio, sur Internet, dans les cours offerts, les objets achetés, les attitudes et comportements de nos pairs, etc » « CONTRE L’HYPERSEXUALISATION, UN NOUVEAU COMBAT POUR L’ÉGALITE » Rapport parlementaire de Madame Chantal JOUANNO, Sénatrice de Paris 5 mars 2012
37 -  « CONTRE L’HYPERSEXUALISATION, UN NOUVEAU COMBAT POUR L’ÉGALITE » Rapport parlementaire de Madame Chantal JOUANNO, Sénatrice de Paris 5 mars 2012

38 - « CONTRE L’HYPERSEXUALISATION, UN NOUVEAU COMBAT POUR L’ÉGALITE » Rapport parlementaire de Madame Chantal JOUANNO, Sénatrice de Paris 5 mars 2012
39 -  « boys don’t cry » - Les limites du rôle de sexe masculin, M. Messner p 151
40 -  https://www.sudouest.fr/2020/09/14/tenue-correcte-exigee-des-lyceennes-revendiquent-le-droit-de-s-habiller-comme-elles-veulent-7844627-10407.php
41 -  https://www.cairn.info/revue-nouvelles-questions-feministes-2006-1-page-84.htm

 

 

 

 

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