Par Roderick
Muriel Cerf est née en 1950 et est morte le 19 mai 2012.
Je voudrais ici raconter un voyage de gamine qui
croyait à tous les dieux du matin du soir et des
sources et des fontaines, une jeune fille quoi, donc
çentre de polarisation des désirs de la population
velue, disait mon copain le journaliste de Paris match
qui avait peur de me savoir sur les grandes et
beIles routes de la planète sans être cramponnée à un mec.
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tirer un trait sur une vie foutue, des illusions montées en
graine et pourries par la racine, vingt ans qui ne
servaient à rien et des années de rêves inutiles,
gâchées par ce formidable miroir aux alouettes: le voyage.
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Et pourtant, comme il était violent le
courant qui m'avait portée vers l'Orient, aboutissement
de toutes les gamberges, l'endroit mythologique
où quelque part vers l'Est je devais me trouver,
toute neuve, solide et complète, comme elles étaient
idiotes toutes ces histoires de réincarnation auxquelles
j'avais cru comme une oie, et trompeuse,
cette impression de vérité qui ne m'avait pas quittée
depuis le début du voyage. Mais comme elle était
poignante aussi. Et au fond de ma misère, le therrno
dans la bouche, je sentais un frémissement de
révolte me parcourir les moelles. Devant moi, un
échec formidable. Irrécupérable. Le ratage, le bide,
une croix sur tout ce qui avait été mon adolescence.
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l'important c'est le voyage intérieur qui peut se passer dans
ma chambre en Europe ou n'importe où, et la
difficulté, le mont Meru à escalader jusqu'au sommet,
c'est de faire de moi-même quelque chose
d'éclatant, quelque chose comme Bouddha, beau,
pur et astiqué comme un bijou, vidé de saloperies,
de complexes, de désirs, de paresse, léger et sec
comme une coquille de noix au soleil, flottante au fil
de l'eau sans savoir si elle est vivante, sur le point
de mourir, morte ou réincarnée, pour finir par
éclater et se mélanger aux cailloux roulés par le flux universel.
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Quelque chose va arriver, tu sais. La fin du monde.
Mon voyage est fini,Mazarin, et je n'ai rien vu, rien fait, rien appris
saufque je ne savais rien. Je suis comme un noyé
quirevoit sa vie en film ultra-rapide; juste en sursis
pour quelques heures. Tout est à faire, il faut aller
beaucoup plus loin que je n'ai été en Inde, tout
recommencer en Europe. Maintenant, si je reviens,
je sais que je vais être bien plus malheureuse
qu'avant, car je suis toute nue, dépouillées mes
pelures d'oignon, foutus mes alibis, tout ce qui
devait se casser la gueule est déjà par terre et je
marche dessus. C'est ça mon vrai voyage.
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