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25 novembre 2011 5 25 /11 /novembre /2011 19:05

 

 

Nous sommes constitués comme des lieux de désir et de vulnérabilité physique, à la fois affirmatifs et vulnérables dans l’espace public. Je ne suis pas sûre de pouvoir dire à quel moment un deuil a été accompli ou à partir de quand un être humain a été suffisamment pleuré. Je suis cependant certaine que cela ne signifie pas que l’on ait oublié la personne ou qu’elle ait été remplacée. Je ne pense pas que les choses fonctionnent ainsi. Je pense plutôt que l’on est en deuil lorsque l’on accepte le fait que cette perte nous changera, peut-être pour toujours. Etre en deuil, c’est accepter de subir une transformation dont nous ne pouvons connaître le résultat à l’avance. Il y a donc la perte et l’effet transformateur de la perte, qu’on ne peut ni prévoir ni planifier. […] Si l’expérience que l’on subit peut sembler temporaire, il se pourrait qu’elle nous révèle en partie, manifestant le fait que les liens que nous avons avec les autres constituent un sentiment de soi et font de nous ce que nous sommes […]. Regardons les choses en face. Nous nous défaisons les uns les autres. Et si ce n’est pas le cas, nous manquons quelque chose. S’il semble évident que le deuil nous défait, c’est parce que c’était déjà le cas avec le désir. On ne reste pas toujours intact. Il se peut qu’on le reste ou qu’on veuille le rester, mais il est aussi possible qu’en dépit de nos efforts nous soyons défaits par l’autre, par le toucher, l’odorat, la sensation, la promesse du toucher, la mémoire de la sensation. Lorsque nous parlons de notre sexualité ou de notre genre, nous signifions là quelque chose de compliqué. Ce ne sont pas à proprement parler des modes de dépossession, des façons d’être pour un autre, voire même en fonction d’un autre. […] Une des manières possible de l’aborder est le concept d’extase. Dans l’histoire, telle qu’on la raconte, du mouvement de libération sexuelle au sens large, l’extase apparaît dans les années 1960 et 1970 et persiste jusqu’au milieu des années 1980. Peut-être l’extase a-t-elle en fait une réalité historique plus durable, peut-être a-t-elle été avec nous tout du long. Etre “ex-statique” signifie littéralement être en dehors de soi, ce qui peut avoir plusieurs significations : être transporté au-delà de soi par une passion, mais aussi être hors de soi, de colère ou de chagrin. Je pense que si je peux continuer à parler à la première personne du singulier et m’inclure dans ces termes, c’est parce que je parle à ceux d’entre nous qui vivent d’une certaine façon hors d’eux-mêmes, que ce soit dans la passion sexuelle, le deuil émotionnel ou la rage politique. »

 

 In Défaire le genre (Éditions Amsterdam, 2006).

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