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25 novembre 2013 1 25 /11 /novembre /2013 20:36

Nous anéantissons ce que nous aimons

 

Ce que Kleist fait surgir dans Penthésilée est un reflet de la
vieille peur des hommes devant des femmes fortes, incontrôlables, démentes.

Mais ce n'est là qu'un aspect de la pièce; ce qui se déchaîne dans ces vers brûlants

mais maîtrisés est l'angoisse d'un homme devant le déchaînement de la folie en lui-même

- une sorte de folie qui, après deux millénaires et demi de culture masculine, doit apparaître « féminine ».
Comme toutes les oeuvres de Kleist, plus encore que toutes
les autres à l'exception du Prince de Hombourg, cette
pièce naît de la douleur causée par une blessure palpitante,
inguérissable: il n'est pas aimé comme il a besoin d'être
aimé, il ne peut pas aimer.

 

secours sur terre. « Que la poésie restera l'heureux asile de l'humanité» est resté

- nous ne le savons que trop bien - un voeu pieux du vieux Goethe.

A nos yeux, tel que je le vois, se dégage du drame de Kleist

un homme passionné et absolu, fragile et vulnérable,

courageux et impuissant, faillible et ayant besoin de secours,

cri incarné, quête d'une possibilité réelle d'existence vivable.


Christa WOLF
Traduit de l'allemand par Nelly Stéphane

Europe juin/juillet 1986

 

le 21 novembre 1811, Kleist tire un coup de pistolet sur Henriette Vogel

puis se tue

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