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2 juillet 2017 7 02 /07 /juillet /2017 12:43
Rafael Sebastián Guillén Vicente  "Sous commandant Marcos"

 

« A partir de la chute du mur de Berlin, nous dit, sur un ton très pédagogue, Marcos, un nouveau superpouvoir est apparu et s’est développé, stimulé par les politiques néolibérales. Les grands vainqueurs de la guerre froide - guerre qu’on peut qualifier de troisième guerre mondiale - sont les Etats-Unis, mais, immédiatement au-dessus de cette puissance hégémonique, commence à apparaître ce qu’on pourrait appeler un super-pouvoir financier qui entreprend de donner des directives à tout le monde. Cela produit ce que, à grands traits, nous appelons la globalisation. L’idéal de la globalisation est un monde transformé en grande entreprise et administré par un conseil d’administration constitué par le FMI, la Banque mondiale, l’OCDE, l’OMC et le président des Etats-Unis. Dans un tel contexte, les gouvernants de chaque Etat ne sont que les représentants de ce conseil d’administration, des sortes de gérants locaux. Et ce que vous, au Monde diplomatique, avez parfaitement défini comme la « pensée unique », est chargé de fournir le liant idéologique pour convaincre tout le monde que la globalisation est irrémédiable et que toute autre proposition serait chimérique, utopique, irréaliste. A l’échelle mondiale, la grande bataille qui se livre actuellement - et qu’on pourrait appeler la « quatrième guerre mondiale » - oppose les partisans de la globalisation à tous ceux qui, d’une manière ou d’une autre, lui font obstacle. Tout ce qui empêche la globalisation de s’étendre est menacé désormais de destruction. »

« Dans sa fureur hégémonique, poursuit Marcos, la globalisation fait appel à des éléments de la culture. Elle aspire à homogénéiser culturellement le monde. Dans une certaine mesure, globalisation économique signifie globalisation du mode de vie des Etats-Unis. Les valeurs du marché s’imposent partout. Elles régissent désormais non seulement le fonctionnement des gouvernements mais aussi ceux des médias, de l’école ou même de la famille. L’individu ne peut occuper une place au sein de la société que dans la mesure où il a une capacité de produire et d’acheter. Les critères du marché éliminent donc toute une partie de l’humanité qui se révélerait non rentable. Et cela concerne tous les indigènes d’Amérique latine. La globalisation exige leur élimination. Au moyen d’une guerre ouverte s’il le faut, ou d’une guerre silencieuse si c’est nécessaire. Au prétexte que les Indiens ne sont pas utiles à la dynamique de la globalisation, qu’ils ne peuvent s’y intégrer et pourraient même devenir un grave problème en raison de leur potentiel de rébellion. »

 

Certaines phrases résonnent étrangement avec notre contexte politique :

la lutte pour le pouvoir est une lutte pour le mensonge. 

ou avec le contexte internationale :

Aujourd’hui, nous marchons pour la liberté et on nous offre l’esclavage par la dette. 

D'autres lient les phénomènes de domination dans une sorte d'Intersectionnalité des luttes :

C’est pourquoi nous nous sentons solidaires d’autres luttes. De celles, par exemple, des homosexuels et des lesbiennes, objets de toutes sortes de persécutions et de discriminations. Ou de celles des émigrants, contre lesquels, un peu partout, se mettent en place des dispositifs racistes. 

 

Entretien donné au Monde Diplomatique en mars 2001

 

 

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