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30 septembre 2020 3 30 /09 /septembre /2020 08:51

 

En octobre 2019 lors d’une soirée du grand débat organisée à Rodez, Emmanuel Macron avait lancé à une enseignante qui le questionnait sur les incidences de la retraite à point sur le montant de leur pension “Si je voulais revaloriser (le salaire de tous les enseignants), c'est 10 milliards. On ne peut pas mettre 10 milliards demain, c'est vos impôts. C'est le déficit, c'est la dette pour nos enfants2 .” Etrangement, de telles arguties ne lui étaient pas venues à l’esprit lorsqu’il s’était agi d’inscrire le CICE3  dont le coût est de près de 20 milliards par an, au budget de l’Etat, mais il est vrai qu’on ne lésine pas forcément à la dépense lorsqu’il est question de rémunérer le capital4

Evidemment dit comme cela, c’est un peu comme si un habile prestidigitateur se mettait tout à coup à dévoiler les secrets d’un de ses tours les plus fameux, mais parfois il faut savoir oser les mots. Car, depuis Audiard on le sait certains osent tout, c’est même à ça qu’on les reconnait. Prenez GRB par exemple, il a la métaphore instructive lorsqu’il parle des exonérations de charges pour les entreprises « Nous sommes passés du tuyau d'arrosage à la rampe à incendie mais pas encore au Canadair » Rien ne l’arrête GRB et surtout pas l’indécence de ces premiers de cordés qui se gavent toujours plus6 . Que le pays aille bien ou mal l’augmentation de leur rémunération « must go on », car chez ces gens-là comme disait J Brel « on ne pense pas monsieur, on ne pense pas » on compte.

Pourtant, à l’instar de son coreligionnaire Carlos qui a récemment remis au goût du jour le tour de passe-passe de la malle cher à Houdini et qui a tant fasciné Léa Salamé7 , parions qu’il a tapé dans la main de Nicolas Sarkozy en criant « chiche » lorsque celui-ci a proposé de moraliser le capitalisme8 . C’est qu’on aime rire aussi chez ces gens-là. Mais dans ce grand vacarme post-crise, un autre affidé beaucoup plus discret mais potentiellement aussi nuisible essaie de murmurer à l’oreille du maître. L’idée est ingénieuse et fort simple : faire payer la crise par les retraités au motif de la solidarité intergénérationnelle. Question solidarité, les détenteurs du capital s’y connaissent, Buygues par exemple a touché des aides de l’Etat et verse des dividendes, sans compter qu’il est soupçonné d’un possible abus au chômage partiel9 . Chez Buygues, la moral c’est passionnel.

Comme il est impensable de rétablir l’ISF10  ou de toucher à la flat-taxe et de mettre un terme à cette redistribution fiscale en faveur des plus riches – pour suivre la métaphore hydrolique qui plaît tant à GRB on pourrait parler de théorie du ruissellement  pour les pauvres qui ont droit à quelques gouttes et de théorie de la conduite forcée pour les riches – on cherche de petits « privilégiés » solvables afin de leur présenter l’addition que les premiers de cordés ont laissée. Là encore la méthode est simple, ériger des différences, l’âge par exemple, comme des ruptures suffisamment fortes pour instiller cette idée que l’intérêt général unissant les générations à travers le pacte social est rompu aux profits d’intérêts particuliers et opposer les jeunes et les vieux, comme ils avaient opposé les chômeurs et les actifs, les fonctionnaires et les salariés du privé et avec le même savoir faire que le fameux Houdini, escamoter l’opposition fondamentale qui traverse la société française, mais dont il faut taire le nom, comme celui de Voldemort dans Harry-Potter.
Un meilleur partage de la richesse produite à travers les salaires et sa redistribution via les prestations sociales est toujours l’objet d’un antagonisme de classe dans notre pays, même si dans la starup nation, certains voudraient voir des partenaires et des collaborateurs participant activement à leur exploitation dans une ubérisation joyeuse, plutôt que des damnés de la terre.

Comme on le voit tout est aussi question de l’usage des mots dont il ne faut pas se laisser déposséder au risque de se trouver pris à la gorge par ces Pit-bulls du prêt à penser qui savonnent la planche où nous devrions glisser à longueur de chroniques. La mise en mot du réel, prélude à une mise en action – des masses ? – nous rappelle la pertinence ce cette vieille mise en garde orwellienne le pouvoir se cache dans la langue que nous parlons11 .
Pour terminer, nous laisserons au choix de chacun, deux citations d’Albert Camus «La logique du révolté est... de s'efforcer au langage clair pour ne pas épaissir le mensonge universel.» ou «L'idée profonde de Parain est une idée d'honnêteté : la critique du langage ne peut éluder ce fait que nos paroles nous engagent et que nous devons leur être fidèles. Mal nommer un objet, c'est ajouter au malheur de ce monde. Et justement la grande misère humaine qui a longtemps poursuivi Parain et qui lui a inspiré des accents si émouvants, c'est le mensonge.»

 

 1 - Alors que les jeunes générations devraient être les plus impactées par la crise financière liée au nouveau coronavirus, l’essayiste invite le gouvernement à baisser temporairement le niveau des pensions des retraités, au nom de la solidarité entre les générations. https://www.lefigaro.fr/vox/societe/hakim-el-karoui-les-retraites-doivent-contribuer-a-l-effort-de-guerre-sanitaire-20200731
2 -  https://www.franceinter.fr/reforme-des-retraites-le-dialogue-de-sourds-entre-les-profs-et-jean-michel-blanquer-en-six-dates
3 -  https://www.marianne.net/economie/budget-2019-pendant-que-les-aides-sociales-baissent-le-cout-du-cice-explose
4 -  En 2016, deux cent cinquante-six grandes entreprises de plus de cinq mille salariés se sont partagé un peu plus de 5 milliards d’euros de CICE. Soit une moyenne de 20 millions par entreprise, alors même que les bénéfices de certaines se comptaient cette année-là en centaines de millions, voire en milliards d’euros, et que leurs dirigeants disposaient de rémunérations très confortables. https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2019/01/09/pme-ou-entreprises-du-cac-40-qui-beneficie-des-20-milliards-du-cice_5406893_4355770.html
5 -  https://www.lesechos.fr/economie-france/social/coronavirus-le-medef-demande-des-baisses-de-charges-pour-les-secteurs-les-plus-touches-1184775 Le Medef réclame 100 milliards d'euros de baisse d'impôts et de charges https://www.optionfinance.fr/actualites/actualites-generales/detail/le-medef-reclame-100milliards-deuros-de-baisse-dimpots-et-de-charges.html
6 -  Salaire des patrons du CAC 40 : 5,8 millions d’euros en moyenne, un record
La rémunération des dirigeants des groupes cotés à l’indice phare de la Bourse de Paris a augmenté de 12% en 2018. Deux patrons pèsent sur cette hausse : ceux de Dassault Systèmes et Kering. https://www.leparisien.fr/economie/salaire-des-grands-patrons-du-cac-40-5-8-millions-d-euros-en-moyenne-un-record-06-11-2019-8187489.php
7 -  « Votre évasion fascine absolument le monde entier, pour beaucoup d’enfants vous êtes l’homme qui a voyagé dans la malle », s’est enquise la journaliste, avant d’ajouter dans un rire : « Vous avez vraiment voyagé dans la malle ? »
8 -  "On doit moraliser le capitalisme et pas le détruire (...) il ne faut pas rompre avec le capitalisme, il faut le refonder», a insisté Nicolas Sarkozy. https://www.leparisien.fr/economie/sarkozy-veut-moraliser-le-capitalisme-08-01-2009-366324.php
9 -  https://www.franceculture.fr/economie/possible-abus-au-chomage-partiel-le-temoignage-dun-salarie-de-bouygues-batiment
10 -  Coronavirus en France : pour Bruno Le Maire, rétablir l’ISF serait « de la pure démagogie » https://www.lemonde.fr/planete/article/2020/05/14/coronavirus-en-france-une-deuxieme-vague-d-ecolier-fait-sa-rentree-le-gouvernement-au-chevet-du-tourisme_6039640_3244.html
11 -  Nous détruisons chaque jour des mots, des vingtaines de mots, des centaines de mots. (…) C’est une belle chose, la destruction des mots. P 78. Savez-vous que le novlangue est la seule langue dont le vocabulaire diminue chaque année (…) Ne voyez-vous pas que le véritable but du novlangue est de restreindre les limites de la pensée ? A la fin nous rendrons impossible le crime par la pensée car il n’y aura plus de mots pour l’exprimer. P 79 « 1984 » G Orwell

 

 

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3 juillet 2020 5 03 /07 /juillet /2020 14:25

 

Comme Vicka il aurait aimé dire « Encore une journée au Paradis  » en se collant devant son ordi et peut-être aussi qu’il aurait aimé tout simplement faire une bonne équipe avec elle plutôt qu’avec son voisin, dont il devrait supporter les discours sur les bougnoules, ce soir lorsqu’ils feraient leur  tournée de surveillance dans leur lotissement hautement sécurisé… Il avait accepté de faire partie de « l’escouade de surveillance » une émanation de leur association « Voisins vigilants » à laquelle Suzette lui avait dit de s’inscrire, « par précaution » avait-elle ajouté « par les temps qui couraient », et Dieu sait qu’ils couraient vite depuis quelques temps, depuis l’temps d’la Marine en fait, y valait mieux ne pas trop s’faire remarquer… En tout cas pas comme le voisin du 4, un type sympa pourtant qu’il connaissait depuis longtemps, mais que les flics étaient venus chercher un matin, soit disant parce qu’il avait liké sur twitter la photo d’une fresque murale dénonçant le racisme et les violences…, enfin il valait mieux ne pas dire le mot qui suivait, un peu comme dans « Harry Potter » lorsqu’on parlait de qui vous savez… Depuis le voisin du 4, on ne l’avait plus revu… Ces rondes commençaient à le dégoutter un peu, surtout depuis qu’une escouade avait rossé un pauvre bougre qu’ils avaient trouvé en train de pisser sur le banc anti SDF qu’ils avaient fait installer derrière le portail d’entrée du lotissement… Ce qu’ils avaient pris pour un acte volontaire de rébellion contre « le nouveau dispositif d’ordre républicain » c’était être révélé comme le simple besoin naturel d’un attardé mental qui étant sorti de chez lui en pleine nuit, avait échappé à la surveillance de sa sœur, accourue en larmes lorsqu’elle l’avait aperçu qui criait sous les coups de lattes… Qu’est-ce qu’il avait ramassé, une vraie boucherie, mais le pire c’était lorsqu’il avait entendu quelqu’un proférer « Heureusement qu’on sera bientôt débarrassé de cette engeance grâce au T42 » il avait compris alors que quelque chose venait de se briser définitivement… Il se rappela aussi qu’il devait aller avec Suzette à « l’apéro pinard saucisson » organisé tous les derniers vendredi du mois, pour vivifier leur identité et les valeurs tutélaires qui faisaient qu’en France les villages pouvaient s’appeler « les deux églises » et pas « les deux mosquées3 »… Il devait aussi passer à la préfecture, mais le nom de la rue venait d’être modifiée, l’adresse n’était plus 6 avenue Jean Moulin mais 6 avenue Pierre Laval, de même la rue Guy Moquet n’existait plus à la place on trouvait la rue Robert Brasillach4. Tous ces changements de nom le perturbait un peu, mais d’après les nouveaux dirigeants, il était urgent de revoir la langue française pour l’expurger de ses scories5, afin d’aider les français à mieux penser, Ah il avait encore oublié d’accoler « de souche » à français, parce que maintenant il était mal vu de dire simplement français… D’ailleurs pas mal de choses étaient mal vu, c’est ce qu’il avait dit à son vieux pote Moham… Maurice la dernière fois qu’il lui avait téléphoné de la zone de transit où il habitait pour peu de temps, avant d’être déplacé dans un « Bougnoul-land »… Pauvre Maurice, contraint de changer de prénom6 après toutes ces années à avoir fait tous les boulots d’merde sous-payés et dont personne ne voulait, mais qui étaient pourtant indispensables, il allait devoir passer sa retraite, enfin s’il la lui laissait, Maurice craignait qu’il fasse pire que pour son grand-père ancien combattant de la deuxième guerre mondiale qui avait touché une pension différente de celle des autres combattants7 souchiens, scandale dénoncé à l’époque par le film « Indigènes » qui avait depuis disparu des points de vente et des médiathèques, comme beaucoup d’autres… Tout à l’heure quand il irait acheter son pain, il faudrait qu’il fasse gaffe à ce putain d’berger allemand qui stationnait en permanence à l’entrée du lotissement et qui avait failli lui arracher la main quand il avait voulu taper le digicode pour entrer… « c’est à cause de votre prénom » avait rigolé son gros imbécile de maître « l’atavisme ça ne s’efface pas » avait-il continué plus hilare que jamais et lorsque dans la cuisine il avait menacé de lui faire bouffer de la mort aux rats, Suzette s’était jetée dans ses bras en pleurant « Arrête Amos, on a déjà assez d’ennui comme ça avec Ayelet… N’oublie pas que tu es convoqué chez le proviseur après sa dénonciation pour propos révisionniste sur le ministre de la culture Eric Z ». Il l’avait presque oublié, quelle idée d’écrire en gros sur la couverture de son trieur « La pensée d’Eric Z étant beaucoup plus mince que la plus fine des feuilles de papier hygiénique on ne peut donc même pas se torcher le cul avec. » Elle lui rappelait sa mère lorsqu’ils s’étaient rencontrés, impertinente, rebelle... S’il s’était douté de tout cela la dernière fois qu’il était allé voter… Et ce serait peut-être d’ailleurs la dernière, car le mot « élection » venait de disparaître du dictionnaire. Il entendit une sirène de voiture qui hurlait dans la rue. Suzette s’approcha de la fenêtre. La grille d’entrée du lotissement était ouverte, le berger allemand au garde à vous laissait passer la voiture de police dont la sirène hurlait de plus en plus fort. « Amos, ils viennent… »


Il se redressa, couvert de transpiration… Lorsqu’il vit Suzette endormie à côté de lui pas aussi belle que Vicka mais tellement plus désirable, il sut… Putain d’mauvais rêve… Le soleil filtrait derrière les persiennes tamisant la lumière, il entendit Ayelet déjà levée qui partirait bientôt pour le lycée. Encore une journée au Paradis pensa-t-il… Mais pour combien de temps encore…

 

 

Les deux prénoms Amos et Ayelet ont été choisis en référence à Amos Oz écrivain israélien disparu en 2018 et dont l’intelligence pleine d’humanité de ses livres est un vrai encouragement à aimer la vie, et à Ayelet Gunar-Goshen écrivaine israélienne qui semble prendre le même chemin que lui…

Quant à Suzette, mystère…

 

 

 

 

 1« Oblovion » de Joseph Kosinski sorti en 2013

2 Aktion T4 est le nom donné, après la Seconde Guerre mondiale, à la campagne d'extermination d'adultes handicapés physiques et mentaux par le régime nazi, de 1939 à août 1941, et qui fait de 70 000 à 80 000 victimes. Fondée sur un terreau idéologique fertile prônant une politique eugéniste active, antérieure au nazisme mais exacerbée par celui-ci, favorisée par une intense campagne de propagande en faveur de la stérilisation et de l'euthanasie des handicapés, elle est le fruit d'une décision personnelle d'Adolf Hitler ; celui-ci en confie l'exécution à la chancellerie du Führer, dirigée par Philipp Bouhler. Mise en œuvre par des médecins nazis convaincus par les thèses du régime, et du personnel issu de la SS, elle se traduit par des mises à mort à grande échelle au moyen de chambres à gaz spécialement construites à cet effet dans six centres dédiés à ces opérations. Bien que des efforts soient déployés pour garder l'opération secrète, celle-ci devient de plus en plus connue au fil des mois, ce qui suscite des protestations qui contribuent à son arrêt officiel, l'objectif exterminateur que les nazis s'étaient fixé ayant de toute manière été atteint.
 3 " Si nous faisions l'intégration , si tous les Arabes et Berbères d'Algérie étaient considérés comme français , comment les empêcherait-on de venir s'installer en métropole , alors que le niveau de vie y est tellement plus élevé ? Mon village ne s'appellerait plus Colombey-les Deux-Eglises, mais Colombey-les Deux-Mosquées !" Cette citation a été rapportée par Alain Peyreffite, dans ses mémoires publiées en 1994. Soit plus de 24 ans après la mort du général de Gaulle. Dans ses carnets, l’ancien ministre raconte que De Gaulle aurait prononcé cette phrase le 5 mars 1959, en pleine guerre d’Algérie.

4 Pierre Laval et Robert Brasillach sont deux collaborationnistes fusillés en 1945
5  Nous détruisons chaque jour des mots, des vingtaines, des centaines de mots (…) C’est une belle chose la destruction des mots » - 1984 George Orwell p 78
6 Un ingénieur commercial à la retraite a saisi les prud'hommes de Créteil contre son ancien employeur qu'il accuse de l'avoir contraint à changer son prénom Mohamed pour celui d'Antoine, ont indiqué ce lundi des sources concordantes. https://www.lefigaro.fr/flash-actu/oblige-de-changer-son-prenom-de-mohamed-en-antoine-un-salarie-attaque-son-entreprise-20191216
7 https://www.lefigaro.fr/international/2010/07/12/01003-20100712ARTFIG00628-pensions-militaires-francais-et-africains-enfin-a-egalite.php
https://www.lefigaro.fr/actualite-france/2009/05/08/01016-20090508ARTFIG00392-les-oublies-de-la-republique-demandent-reparation-.php

 

 

 

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25 juin 2020 4 25 /06 /juin /2020 16:33

 

 

Ils pouvaient bien les taxer les dividendes avant d’écorner ce que ça lui rapportait,

c’était comme si les migrants pompaient l’eau de la mer pour passer à pied, elle s’rait à sec avant lui. Le gavage des oies à côté faisait figure de restriction alimentaire, voire de disette, tellement il s’en était mis plein la panse… S’il n’aimait pas l’opulence chez les femmes, il adorait celle de la Bourse… Le plus drôle de l’histoire, c’était qu’il venait d’encaisser les dividendes versés par les entreprises qui avaient bénéficié du chômage partiel, c’était comme si les « gogos » qui payaient des impôts lui avaient versé du pognon directement dans les poches, le système était quand même vach’ment bien foutu… Les impôts, lui il n’en payait pratiquement pas, il avait un truc pour ça qui s’appelait « l’optimisation fiscale » et puis comme il disait à son pote Carlos qui bronzait au Liban « il fallait savoir partager à nous les dividendes, aux autres les impôts »… Mais il était d’accord avec les deux guignols chargés de défendre l’intérêt des 1% en laissant croire aux 99% que c’était aussi le leur… un peu comme des bergers qui  essayeraient de convaincre des brebis que leur intérêt était de protéger les loups… Ca paraît difficile à croire comme ça et pourtant c’était ce qui se passait… Pour en revenir aux deux Gus de BFMtv, fallait pas évidemment que l’écologie devienne punitive, taxer les dividendes c’était un mauvais signe lancé à l’opinion publique, ça pourrait donner des idées aux « Gogos » et les idées ça c’étaient dangereux… Quelle catastrophe si d’un coup les gens se précipitaient sur l’dernier rapport d’OXFAM « CAC40 "des profits sans lendemain »… Une horreur… Heureusement les deux comiques s’y connaissaient pour détourner l’attention, y f’raient bouffer d’la barbake saignante à un vegan en lui disant que c’est du tofu de fraises sur un coulis de jus de framboise… La taxe carbone ça c’était une bonne idée pas punitive du tout, pour lui en tout cas, parce qu’avant que l’essence devienne trop cher pour qu’y puisse plus en mettre dans ses deux 4x4 et ses trois SUV porsches - question couleur il aimait bien que la carrosserie soit coordonnée avec son costard – l’être humain aura appris à respirer le CO2 ou il aura disparu…
-    Tu as vu qu’il propose le contraire de ce qu’il a dit
-    De quoi ma chérie ?

Son rayon de soleil venait de paraître… Sa petite fille de 16 ans… il l’avait presque élevée quand sa belle-fille, une espèce d’attardée mentale qui voulait changer le monde, leur monde qu’ils avaient pris tellement de peine à construire et qui leur donnait enfin des retours sur investissements faramineux, s’était barrée vivre dans une ZAD abandonnant sa petite fille à son grand niais de fils incapable de tout, sauf de dilapider tout l’pognon qu’il lui donnait et de se faire piquer complètement bourré au volant d’une de ses Cayennes à plus de 240 km/h sur le périphe avant d’insulter les flics et de finir au gnouf, l’obligeant à faire intervenir un de ses amis en haut lieu pour le faire sortir discrétos, un peu comme son pote Carlos au Japon…
-    Tu as vu qu’ils trouvaient punitif d’instaurer une taxe sur les dividendes mais qu’ils applaudissaient une taxe carbone, ces types disent n’importe quoi, des vrais p’tits toutous au service des plus riches…
-    Comme tu y vas ma chérie…
put-il à peine ajouter tellement sa remarque l’avait soufflé
Déjà l’autre jour, assise à côté de lui sur le canapé, elle l’avait inquiété lorsque, hilare, il regardait une vidéo montrant Balka qui dansait dans la rue pour la fête de la musique de Levallois-Perret, elle avait manifesté une hargne de mauvais aloi en murmurant « Et dire qu’il a été libéré pour raison de santé, quelle ordure… » et il avait juste eu le temps de la voir liker sur son portable le tweet « Il est temps de le remettre en taule1 » avant d’ajouter « Il n’y a pas eu la même clémence pour Georges Ibrahim Abdallah le plus vieux prisonnier politique de France2 … Je suis écœurée… » Qui est-ce qui avait pu lui mettre de telles idées en tête… D’abord qui c’était cet Abdallah, il le connaissait même pas… Faut avouer qu’il fréquentait pas beaucoup les arabes, il s’en méfiait plutôt… il aurait dû surveiller ses fréquentations. Il l’avait pourtant inscrite dans l’école privée la plus chère d’Europe, mais tout foutait l’camp, sauf les immigrés malheureusement…
-    Tu t’inquièteras pas je sors en début d’après-midi…
-    Tu vas Faubourg Saint-Honoré… Tu as c’qui t’faut sur ton compte pour faire du shoping ?
-    Non je vais à une manif…

Il eut un instant de doute, il avait cru mal-entendre… une manif…
-    Mais tu vas où ?
-    A la manif contre les violences policières, il y aura Assa Traoré…
-    Assa quoi ?
-    La sœur d’Adama Traoré, tu sais cette belle jeune femme qui réclame justice pour la mort de son frère… Regarde c’est elle…


Sur l’écran du portable l’image belle, magnifique et fière de la jeune femme, incarnation vivante de la puissance qui venait et qui balaierait son monde, l’emportant dans le souvenir des limbes, s’afficha et à travers elle, il vit la meute des gueux à nouveau en marche, comme tant de fois dans l’histoire, éternel jaillissement de la mémoire vivante et pourvoyeuse de rêves de ce passé qui menaçait toujours l’avenir qu’ils s’étaient égoïstement réservés pour eux-seuls…
-    A ce soir… Regarde la télé y parleront sûrement de nous…

 

1 - Le maire LR de Levallois-Perret Patrick Balkany, 71 ans, a été libéré par la cour d’appel de Paris ce mercredi pour raisons de santé. Il était incarcéré depuis le 13 septembre. La cour, au vu d’une expertise médicale, a constaté que la dégradation de l’état de santé de «Patrick Balkany est difficillement compatible avec la détention».

2 - L’Association France Palestine solidarité (AFPS) s’est encore mobilisée pour la libération du militant communiste libanais Georges Ibrahim Abdallah qui croupit en prison en France depuis 35 ans. Le militant communiste libanais a été arrêté le 24 octobre 1984 à Lyon et condamné pour détention de faux papiers (notamment un passeport algérien), puis il a été renvoyé devant les tribunaux spéciaux en 1987 pour complicité dans les attentats des FARL (Fractions armées révolutionnaires libanaises, dont il était membre) et condamné à la prison à perpétuité.
Juridiquement libérable depuis 1999 après une période de sûreté de quinze ans, la décision de sa libération, demandée deux fois par la juridiction de l’application des peines, n’a jamais été appliquée « suite à des pressions des USA et d’Israël », indique l’AFPS.
Dans son communiqué du 18 octobre, l’association cite les déclarations de l’ancien patron de la DST française, Yves Bonnet, en 2016 : « Georges Ibrahim Abdallah n’a plus rien à faire en prison ». https://www.middleeasteye.net/fr/en-bref/georges-ibrahim-abdallah-il-ne-suffit-pas-que-letat-du-liban-exige-ou-plutot-demande-ma

 

 

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2 avril 2020 4 02 /04 /avril /2020 12:27

 

 

 

 

Avec le confinement, l’argent était devenu magique. En tout cas Manu ne répondrait plus à une soignante qui déplorait le manque de moyens des hôpitaux « qu’y a pas d’argent magique  ». Mais ça c’était avant, à l’époque où l’on fermait des lits dans les hôpitaux parce qu’on nous disait qu’on était tous responsable du déficit de la sécurité sociale, c’était à l’époque où le gouvernement commandait en masse des munitions pour les LBD et des grenades de désencerclement  pour faire face à cette épidémie née en octobre 2018 et qu’on a appelée « gilet jaune »…


Avec le confinement, Bruno Lemaire était devenu communiste. Il allait faire tout ce qu’il avait jusque-là combattu en nous ventant cette mondialisation heureuse qui nous avait dépouillés des productions essentielles  à notre sécurité sanitaire. Le capitalisme n’avait qu’à bien se tenir, Bruno allait sévir. Et c’est vrai qu’il allait en avoir du boulot, Bruno, parce qu’avec le CETA et tous les accords de libres échanges que le gouvernement avait signé sa conversion au dirigisme économique n’allait pas être facile…


Avec le confinement, le gouvernement n’avait de cesse de remercier ces travailleurs de l’ombre qu’il avait allègrement fait bastonner avant. Mais les temps avait changé, la morgue méprisante avait été remplacée par la flagornerie fourbe de ceux qui sentent que la colère couve sous les cendres de l’incendie qu’ils avaient favorisé par leur incurie…


Avec le confinement, on s’apercevait de l’importance que prenaient tous ces gens dont le gouvernement ne parlait jamais, cette piétaille aux emplois sous-payés, ces caissières, ces camionneurs, ces éboueurs dont on prenait conscience que leur absence nous feraient crouler sous notre merde, tandis que les premiers de cordé ayant disparus, calfeutrés dans leurs maisons de campagne, effrayés par la visibilité de leur inutilité sociale ne nous manquaient absolument pas…


Avec le confinement, tout devenait incertain et nous obligeait à réfléchir par nous-même et une évidence commençait à germer dans nos têtes. Depuis longtemps nos gouvernements nous avaient abreuvé du discours méphitique de leurs experts à la con, pour nous faire plier l’échine, pour nous faire accepter au nom de leurs profits, de détruire notre système social, toujours trop cher et nous sommes devenus soudain effarés que l’homo économicus calculateur sans empathie puisse préférer ses profits à nos vies…


Avec le confinement, une partie du pays était par terre et on avait cruellement besoin du pognon que le gouvernement avait donné aux plus riches en supprimant l’ISF. Alors plutôt que d’utiliser la contrainte des lois, dont ils se servaient pour casser les verrous de protection sur la durée du travail et faire participer les actionnaires à l’effort commun, ils ont gentiment suggéré que les grandes entreprises puissent suspendre le versement des dividendes et Gégé a eu cette idée formidable de faire appel au bon cœur de ceux qui en ont encore un. Vu le doigt qui s’est levé tout droit chez Total et Hermès, on a vite eu l’impression que c’est encore à nous qu’ils pensaient…


Avec le confinement, on n’en a pas cru nos yeux quand on a vu nos meilleurs potes, les ricains, nous piquer les masques dont on avait si cruellement besoin. Pourtant on nous avait dit qu’on était tous des américains  après le 11 septembre 2001 et c’était pas faute d’avoir toujours soutenu toutes leurs idées tordues, toutes leurs putains d’intervention dans le monde au nom des droits de l’homme, en réalité pour s’accaparer égoïstement une partie des ressources vitales à l’humanité et pouvoir les gaspiller dans une consommation mortifère et effrénée…


Avec le confinement nous venaient plein d’idées nouvelles, comme celle qu’on pourrait peut-être changer quelque chose pour que rien ne soit plus comme ce qui avait été, avant qu’il nous fasse croire qu’ils allaient « tout changer pour que rien ne change  »…


 Avec le confinement commençait à poindre une petite lueur, un nouvel espoir comme y disent dans Star-War, parce qu’après la guerre, dont ils essayaient en vain de se défausser de leur responsabilité, on pouvait croire à « des jours heureux  » et il ne tenait qu’à nous que cela en soit ainsi…

 

 

 

Pour lire le texte avec les références et les images version pdf : Avec le confinement

 

 

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27 novembre 2019 3 27 /11 /novembre /2019 08:58

 

 

 

Il était assez satisfait de leur prestation, Amélie et Gabriel1  avaient fait le job, surtout Gabriel, il avait été offensif, méprisant et même assez subtil lorsqu’il avait glissé que la FI, par son discours, poussait les jeunes au suicide, c’était pas mal vu… Il aurait dû y penser. Après tout, c’était son boulot à la LREM de trouver les  éléments de langage

qui inlassablement répétés par les ministres et les parlementaires finiraient par s’imposer aux yeux de l’opinion publique comme éléments de compréhension du débat politique pour le désamorcer ou en détourner sa charge critique. Par exemple, pour explique la tentative de suicide de ce jeune étudiant2  devant le Crous de Lyon, il avait suggéré l’idée qu’on pourrait dire et répéter que ce n’était pas un acte politique et qu’il y avait sans doute d’autres motivations dans ce geste… En répétant en boucle « ce mantra » on mettait le gouvernement à l’abri des critiques concernant le

développement de la précarité des étudiants à laquelle il avait en partie contribué en

leur réduisant les APL… Tout le monde avait été bon, sauf Sybeth3  qui avait été molle du cul avec ses termes évasifs : « il a effectivement laissé un message sur les réseaux sociaux qui semble désigner un geste qu’il qualifierait  peut-être lui de politique »… Mais dans l’ensemble la LREM avait bien géré le truc. C’est sûr il fallait une bonne dose de mauvaise foi et de malhonnêteté intellectuelle pour affirmer que ce n’était pas un acte politique quand le jeune homme avait laissé un post sur Facebook qui affirmait le contraire mais Casta avait montré l’exemple avec son : « Il n’y a pas de violence policière », depuis cette sortie on pouvait tout oser… La journée aurait pu être tip top s’il n’avait eu cette discussion avec Lamia, cette fille qu’il avait rencontrée à la sortie d’un colloque, il y a un mois et dont il était tombé raide mort… Lamia avait « l’intelligence érotique4 » une phrase qu’il avait retenue à la lecture de sa thèse sur «Le féminisme à travers les écritures de la féminité ». Cette fille l’avait séduit par l’étendue et la richesse de sa réflexion intellectuelle, une bombe neuronale… Physiquement elle était pas mal, elle avait la silhouette de cette black dont elle lui avait parlée qui luttait pour obtenir la vérité sur le décès de son frère lors d’une intervention policière, Adama ou un truc comme ça, elle lui ressemblait vaguement mais avec une peu plus foncée comme Sybeth, celle-là il faudrait qu’elle se sorte les doigts du cul et qu’elle soit un peu plus convaincante la prochaine fois… Mais Lamia était avant tout une machine à produire des interprétations conceptuelles… Si elle avait rencontré Villani sûr que ces deux-là  auraient été à l’origine d’une nouvelle lignée et le monde aurait été sauvé… Lamia n’avait qu’un défaut, elle votait Poutou5 … Bien évidemment, ce soir-là, elle lui avait parlé de cette affaire et avait réduit en poussière l’argumentaire qu’il avait peaufiné pour les perroquets de la LREM : « quelle inculture de prétendre qu’une immolation par le feu n’est pas un acte politique… comme s’il n’y avait pas eu ces bonzes bouddhistes6  qui se sont immolés à Saigon lors de la guerre du Viêt-Nam pour dénoncer le régime de Diem, ou Jan Palach7  à Prague en 69 pour protester contre l’intervention soviétique, ou encore Mohamed Bouazizi8  en Tunisie dont l’immolation a été le point de départ de la révolution qui a mis fin au despotisme de Ben Ali… Ces politiciens sont pitoyables dans leur tentative pour empêcher les citoyens de voir la responsabilité de ceux qui gouvernent le pays et qui ont mis en place cette précarité généralisée en s’attaquant à tout ce qui faisait la force de notre système de protection sociale, ils voudraient que l’on soit comme ces idiots qui regardent le doigt quand le sage désigne la lune… » Voilà ce qui arrivait quand on sortait avec une fille trop intelligente…

 

 1 - Ainsi, Gabriel Attal, Secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Education nationale et de la Jeunesse, a déclaré : “Il n'est jamais un acte politique que de tenter de mettre fin à ses jours.” https://www.lesinrocks.com/2019/11/14/medias/tele/pas-un-acte-politique-limmolation-dun-etudiant-devant-le-crous-clement-viktorovitch-repond-au-gouvernement/
2 -  https://www.francetvinfo.fr/societe/education/qui-est-anas-k-l-etudiant-qui-s-est-immole-par-le-feu-a-lyon_3700975.html
3 -  https://www.bfmtv.com/mediaplayer/video/sibeth-ndiaye-sur-l-etudiant-immole-il-faut-prendre-les-choses-avec-beaucoup-de-precaution-et-refuser-a-toute-instrumentalisation-politique-1201220.html
4 - « L'Une ne disait-elle pas que l'intelligence est érotique ? » p 25 - Nu intérieur de Belinda Canone
5 -  Candidat du Nouveau Parti anticapitaliste (NPA) à l'élection présidentielle de 2012
6 -  https://www.nouvelobs.com/photo/20170808.OBS3142/l-immolation-de-thich-quang-duc-le-moine-qui-a-fait-basculer-l-histoire-du-vietnam.html
7 -  Jan Palach, né le 11 août 1948 à Prague et mort le 19 janvier 1969 dans la même ville, est un étudiant en histoire tchécoslovaque qui s'est immolé par le feu sur la place Venceslas à Prague le 16 janvier 1969. Il est l'un des symboles en Tchéquie de la résistance au communisme et à l'occupation soviétique.
8 -  https://fr.wikipedia.org/wiki/Mohamed_Bouazizi

 

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18 octobre 2019 5 18 /10 /octobre /2019 18:08

 

 

Ca c’était une très mauvaise nouvelle1, peut-être la plus mauvaise depuis que Villani2  avait rejoint la LRM. Villani, c’était pas un électron libre, c’était plutôt le genre boson

de Higgs, imprévisible, et puis il s’était toujours méfié des types trop intelligents, persuadé, comme Audiard, qu’un con qui marche ira toujours plus loin qu’un intellectuel assis3 … Il fallait se rendre à l’évidence, ça n’avait pas ruisselé, ils avaient tout bu…  Les

riches avaient profité de la suppression de l’ISF pour s’enrichir un peu plus4. La mesure phare du quinquennat, celle qu’ils avaient tout de suite mise en œuvre pour donner le cap et marquer l’opinion aboutissait aux effets inverses de ceux escomptés… Quelle poisse. Dire que l’intense travail de réflexion et d’élaboration théorique dont ils avaient fait preuve pour aboutir à cette décision s’écroulait comme un lamentable château de carte soumis à la flatulence d’une mouche volant au-dessus de la mer des Sargasses, selon la fameuse théorie du Chaos si chère à Villani… Mais qu’est-ce qui avait foiré ? Tout avait été pourtant bien calibré et comme le disait Amélie  : « Nous avons fait notre boulot5» et c’est vrai qu’ils avaient été jusqu’au bout du bout, même si avec Villani on ne savait plus très bien ce qu’il y avait au bout du bout, parce que depuis qu’il avait écouté sa conférence : « Vers l’infini et au-delà 6» il avait des doutes, renforcés par la conviction ferme qu’il tenait de ce proverbe grec qui disait que : « Zeus rend fou ceux qu’il veut perdre » il avait fini par se demander si Villani ne voulait pas les rendre fou à la LRM… C’est vrai, que de prime abord la mesure avait de quoi surprendre, donner plus aux plus riches pour que cela bénéficie aux pauvres, c’était pas dit comme ça mais c’était l’idée, faire le bonheur des riches et en même temps selon le célèbre idiotisme macronien celui des pauvres, fallait tout oser et ça avait fait longtemps débat à la LRM : « Faut-il tout oser ou oser tout ? » même Villani n’avait pas pu trancher… Mais le cœur de cette théogonie qu’incarnait la présidence jupitérienne d’Emmanuel Macron7  voulait rompre avec tous les clivages obsolètes droite/gauche, riches/pauvres, tout cela appartenait à un monde passé qui n’avait plus de sens avec l’avènement de la startup nation. C’était ce paradoxe qu’ils avaient voulu résoudre, prendre aux pauvres pour donner aux riches pour enrichir les pauvres, un peu comme la quadrature du cercle et là où Villani aurait pu être utile, subitement y’avait plus personne... Pourtant la réponse était évidente, et il se rappelait avec émotion l’ébaubissement de leurs yeux lorsqu’il avait pris la parole, devant l’aéropage des députés LRM, pour leur apporter cette révélation, ils étaient dans le juste, ils avaient raison, pas besoin d’aller chercher des arguments chez les économistes schumpétériens8, il y avait Lao Tseu qui avait montré, de magistrale façon , que tous les débats autour de ces antinomies comme riches et pauvres pouvaient être jetés, comme la feuille de papier hygiénique qui vient de torcher un cul, dans les latrines de l’histoire… Tout était dans le Tao, pourvu qu’on le comprenne... Un peu comme Villani finalement :

 

"Ainsi, existence et non-existence s'engendrent l'un l'autre,
Difficile et facile se constituent l'un l'autre,
Long et court prennent forme l'un de l'autre,
Haut et bas se renvoient l'un à l'autre.
"


A ces mots Amélie se mit à chanter « il faut que le travail paye, il faut éviter que le travail ne devienne exploitation », Christophe s’agenouilla par terre et levant les bras il se mit à crier : « Les policiers sont des anges, peace and love, remplaçons les LBD par le LSD » Toute la LRM était en transe et lorsqu’ Emmanuel Jupiter s’approcha on entendit de tous côtés s’élever des Hosanna, Hosanna…
.
.
.
.
.
… Putain de cauchemar… Il s’était réveillé en sueur… Horrible….
Tout ça, c’était la faute de Villani… Il se présentait contre Griveaux à la mairie de Paris… Il fallait reconnaître qu’il avait des c…….

 

 

 

 1 - https://www.francetvinfo.fr/economie/transports/gilets-jaunes/la-suppression-de-l-isf-a-surtout-beneficie-aux-5-des-menages-les-plus-riches-selon-le-comite-d-evaluation_3639737.html
 2 - Directeur de l'institut Henri-Poincaré de 2009 à 2017 et professeur des universités, il est lauréat de la médaille Fields en 2010. Spécialiste de l'analyse mathématique, il travaille sur des problèmes issus de la physique statistique (équation de Boltzmann, amortissement Landau), de l'optimisation (problème du transport optimal de Monge) et de la géométrie riemannienne (théorie synthétique de la courbure de Ricci). Membre de La République en marche, il est élu député dans la cinquième circonscription de l'Essonne lors des élections législatives de 2017.
 3 - La citation exacte est celle-ci : Un intellectuel assis va moins loin qu'un con qui marche.
 4 - https://www.alternatives-economiques.fr/reforme-de-lisf-ruissellement-nest/00090606
 5 - https://www.liberation.fr/politiques/2018/01/07/amelie-de-montchalin-nous-avons-fait-notre-boulot-de-deputes-il-n-y-a-plus-d-isf_1620883
 6 - https://www.ece.fr/ecole-ingenieur/blog/ecole/actualites/vers-linfini-et-au-dela/
 7 - https://www.bfmtv.com/politique/ce-que-signifie-le-president-jupiterien-que-souhaite-incarner-macron-1166014.html
 8 - https://www.lepoint.fr/economie/les-conseils-de-philippe-aghion-aux-ministres-des-finances-de-la-zone-euro-14-06-2019-2319030_28.php

 

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4 septembre 2019 3 04 /09 /septembre /2019 09:39

 

 

Elle l’avait dit avec le sourire confirmant ce qu’il avait toujours pensé malgré les élucubrations d’un Bruno Lemaire1 chargé de « calmer le jobard » - il adorait cette

expression qu’il avait entendu dans la bouche de sa fille même s’il n’en avait pas tout à fait compris le sens lorsqu’elle le lui avait expliqué – qui s’employait à marteler que "le

travail doit continuer à payer", sous-entendu "ceux qui ne travaillent pas mais qui vivent du travail des autres", mais ça Bruno y pouvait pas l’dire, c’était un message subliminal que seul percevaient les gens comme lui…  1 000 € de retraite minimum quand tu as bossé toute ta vie, à peine plus que le seuil de pauvreté2, il avait bien fait de pas toucher au boulot… ça avait surpris son petit-fils. Un matin qu’il le gardait au petit déjeuné l’enfant ouvrant de grands yeux étonnés lui avait demandé : « Dis Papy, pourquoi tu travailles pas comme mes deux mamans ? » Sa fille lui les avait toutes faites, assumant l’héritage de la gauche prolétarienne, elle avait voté pour Philippe Poutou, fréquentant tous les rassemblements de « traîne la grôle » qu’elle pouvait trouver, de la ZAD de Notre Dame des Landes aux anti-G7, elle lui avait fait vivre un calvaire. Mais elle posa la cerise sur l’cake lorsqu’elle se mit en ménage avec Nina, non seulement elle ne s’était pas calmée mais elle avait appuyé là où ça fait mal… Elle vivait avec une femme… Heureusement, il avait échappé au pire, elle n’était pas noire. Il avait fini par rompre tout lien avec sa fille jusqu’au jour où il était né, le soleil de sa vie, son petit-fils… Pour le voir il avait dû en bouffer de la couleuvre, il avait dû en écouter des conneries, mais dès qu’il l’avait vu, il avait su qu’il ne pourrait pas se passer de lui… « Ecoute mon chéri je vais te dire pourquoi Papy ne travaille pas, mais jure moi de ne rien dire à tes mamans, ce sera notre secret. » Chaque fois qu’il le pouvait il essayait d’inculquer à ce cerveau juvénile les bienfaits du capitalisme. « Quand son papa est mort, Papy a reçu beaucoup d’argent et beaucoup d’actions… Les actions ce sont des morceaux de papier qui te permettent de posséder une partie de quelque chose qui n’est pas totalement à toi… Et les actions rapportent beaucoup d’argent à Papy… Y sont gentils ceux qui te donnent tout cet argent ». Y sont pas vraiment gentils, y z-ont pas l’choix à cause de « l’armée de réserve des travailleurs »3 constitués par les chômeurs – dixit sa fille, ce coup-là il avait bien compris le concept, avec la

mondialisation l’armée de réserve du capitalisme ce n’était plus les chômeurs mais les foules immenses des travailleurs pauvres du Tiers Monde… Ca vous plaît pas le nouvel accord compétitivité qui réduit vos salaires et allonge le temps de travail ? Pas grave on ferme la boîte, les niakoués4, eux y demande qu’à bosser pour des clopinettes - mais ça y pouvait pas lui l’dire. Il lui expliquerait plus tard qu’il fallait des gens qui travaillent pour que les gens comme lui, les actionnaires – des prédateurs comme disait sa fille - puissent prélever leur part et que plus les salaires de ceux qui travaillaient diminuaient plus la part des actionnaires augmentait5, c’était mathématiques… Alors lui, le travail, il avait laissé ça aux pauvres.

 

 

 

1 - « Le travail doit continuer à payer, lance Bruno Lemaire » https://www.francetvinfo.fr/politique/emmanuel-macron/impots-le-travail-doit-continuer-a-payer-lance-bruno-le-maire_3422039.html
 2 - Un individu est considéré comme pauvre quand ses revenus mensuels sont inférieurs soit à 855 euros, soit à 1 026 euros (Insee, données 2016), selon la définition de la pauvreté utilisée (respectivement au seuil à 50 % et à 60 % du niveau de vie médian). https://www.inegalites.fr/Les-seuils-de-pauvrete-en-France
 3 - L'Armée de réserve de travailleurs est un concept d'économie politique étudié par Karl Marx. Il est développé dans le chapitre 25 de son livre Le Capital. Ce concept entretient des rapports avec le phénomène du chômage dans les sociétés capitalistes.
 4 - Du vietnamien nhà quê (niah-koué, « paysan », « villageois, péquenaud »). Le sens est déjà péjoratif en vietnamien.
 5 - http://www.lefigaro.fr/societes/le-montant-des-dividendes-verses-aux-actionnaires-atteint-un-nouveau-record-20190819

 

 

 

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30 juin 2019 7 30 /06 /juin /2019 10:15

 

 

 

C'était très bien la tribune de la Marlène1, il était à fond pour. En voilà une au moins qui ne mégotait pas son retour sur investissement2, c’était pour çà qu’il avait raqué au bassinet, pardon qu’il avait contribué au financement de la LRM par un don généreux et pour l’instant, il n’avait pas à se plaindre, les p’tit gars faisaient le job… Elle avait le sens de la formule la p’tite Chiappa : « Le réel cogne » enfin ces derniers temps c’était plutôt les flics qui cognaient, y s’en donnaient à cœur joie c’est pas pour rien que le père Hugo les appelait « les cognes 3» et Casta ne s’en n'était pas laissé compter : « il ne connaît aucun policier, aucun gendarme qui ait attaqué un gilet jaune » fallait oser… Sa fille, parfois il se demandait si c’était vraiment la sienne, avait voulu lui montrer les images recueillies par David Dufresne  qui prouvaient, selon elle, l’existence massive des violences policières à l’encontre de gilets jaunes. Conciliant, il avait accepté de les regarder pour ne pas exacerber des tensions qui remontaient à l’adolescence et qui s’étaient amplifiées depuis qu’elle occupait ce poste de prof de sociologie à la fac de Nanterre, elle voulait travailler, gagner sa vie, ça l’avait scandalisé : « Mais pourquoi tu te fais chier à travailler alors que je vais te laisser tellement de pognon que toi et tes héritiers vous n’arriverez même pas à le dépenser.» J’en veux pas de ton fric lui avait-elle répondu, vivante incarnation du dicton espagnol « cría cuervos y te sacarán los ojos.4» Pour en revenir aux images collectées par Dufrene5, une vraie boucherie, c’était pas Charonne6, mais on sentait la motivation. Pour détendre l’atmosphère il avait tenté un « qui aime bien châtie bien » qui n’avait eu d’autres effets que de lui faire plier bagages : « Salut papa, toujours aussi con. » Il aurait tellement voulu avoir une fille comme Marlène qui l’aurait compris… Elle savait trouver les mots pour les « gogos » il adorait ce passage : « Si chacun de nous s’est engagé dans La République en marche, ce n’est certainement pas pour réactiver les anciens clivages. C’est pour ouvrir la politique aux citoyens, pour engager la société civile aux responsabilités, pour développer des politiques publiques ancrées dans le réel, pour répondre concrètement aux grands enjeux du siècle, l’écologie, l’égalité, la transition digitale, et pour remettre l’humain au centre des décisions. » Développer des politiques publiques7 quelle bonne blague et paf on taille dans l’emploi public : éducation, transition écologique, santé, économie, travail, agriculture, culture on supprime des postes mais attention tout est dans le « ancré dans le réel » parce qu’au ministère de l’intérieur là c’est « open bar », faut des p’tits bonhommes pour jouer du LBD, c’est ça le réel… Marlène elle te ferait prendre les Balkany pour des agents du Fisc, il en fallait des comme elle, convaincue par les fables qu’elle racontait. C’est pas Macron qui avait dit « J'ai besoin d'une chose, c'est que vous nous rendiez la vie impossible, nous les dirigeants (…) j’ai vu la jeunesse de France comme la jeunesse d’Europe le faire sur le climat nous rappelant que c’est pas assez(…) J'ai besoin de cette énergie là, de ces mouvements, de ces indignations8 " il avait pas dû expliquer le truc aux policiers qui gazaient les mecs assis sur le pont de Sully. Y sont marrants…  On ferme les petites lignes de chemin de fer9 , on remplace la ligne Perpignan-Rungis par les camions10 , on refuse de taxer le kérosène sur les vols intérieurs, la France a émis 6,7% de gaz à effet de serre en trop par rapport aux objectifs qu'elle s'était fixés dans le cadre de l'Accord de Paris11  et « en même temps » Marlène répond au grand enjeu de la transition écologique... Comme disait un pote à lui en parlant de Macron après une soirée trop arrosée au Ritz : « il te le met bien profond mais en même temps il a passé la vaseline ». Marlène, elle avait dû lire 1984 d’Orwell y’a pas longtemps pour déclarer vouloir « ouvrir la politique aux citoyens » alors « qu’en même temps » Philippe  essayait de plomber le référendum sur la privatisation d’ADP12, c’était comme dans les bons thrillers où l’on retrouvait toujours les duos de flics avec un gentil et un méchant. Enfin méchants, ils l’avaient pas été avec tout le monde. D’ailleurs il en parlait l’autre jour avec son ami Carlos, un premier de cordée qui avait dévissé, ils n’étaient pas si mal en France, ça ruisselait franchement bien pour eux depuis que Macron avait été élu...

 

 

 

 

 

 

 

 

1 -https://www.lejdd.fr/Politique/tribune-de-marlene-schiappa-qui-est-pret-a-faire-passer-son-pays-avant-son-parti-3903591

2 -https://www.liberation.fr/debats/2018/09/07/julia-cage-en-france-les-plus-pauvres-paient-pour-satisfaire-les-preferences-politiques-des-plus-ric_1677285
 3 - Fichtre ! reprit Gavroche, tu vas donc te colleter avec les cognes ? — (Victor Hugo, Les Misérables, partie 4, page 68, 1862)

 4 - élève des corbeaux et ils t’arracheront les yeux

 5 -  https://www.davduf.net/
 6 - Le 8 février 1962, 20 000 personnes participent à Paris à une manifestation contre les attentats de l’OAS et pour la paix en Algérie. A l’issue de ce défilé pacifique, les forces de l’ordre chargent les manifestants aux abords de la station de métro Charonne (11e). Un déchaînement de violences policières qui fera neuf morts et plus de 250 blessés.
7 -  Diminuer le nombre d’emplois dans la fonction publique est une promesse de campagne d’Emmanuel Macron, qui avait annoncé aux Echos vouloir supprimer 120 000 postes de fonctionnaires, dont 50 000 dans la fonction publique d’Etat. Un objectif inscrit dans la loi de programmation des finances publiques 2018-2022, promulguée en janvier 2018, qui prévoit donc la suppression de 50 000 emplois pour l’Etat et ses opérateurs d’ici 2022. (…) A l’inverse, le ministère de l’Intérieur, après s’être vu promettre 1 420 ETP supplémentaires en 2018, devrait en avoir 2 153 en 2019. Suivi de la Justice (1 000 et 1 300), les armées (518 et 466), les services du Premier ministre (75 et 181) et l’outre-mer (20 et 23) https://www.liberation.fr/checknews/2019/05/30/les-effectifs-de-la-police-et-de-l-armee-augmentent-ils-alors-qu-ils-baissent-a-l-ecologie-et-a-l-ed_1730369
8 - https://www.bfmtv.com/politique/lutte-contre-le-sida-rendez-nous-la-vie-impossible-lance-macron-1717400.html
 9 - https://www.franceinter.fr/emissions/interception/interception-09-juin-2019
10 -  https://www.francetvinfo.fr/economie/transports/sncf/le-train-des-primeurs-perpignan-rungis-bientot-remplace-par-plus-de-20-000-camions-par-an-on-vous-explique-les-menaces-qui-pesent-sur-cette-ligne_3439991.html
11 -  http://www.lefigaro.fr/sciences/2018/09/13/01008-20180913ARTFIG00175-climat-la-france-ne-respecte-toujours-pas-ses-engagements.php
12 -  Le Premier ministre Edouard Philippe redoute une « situation dangereuse pour la conduite de l’action publique » avec l’avancée du projet de référendum d’initiative partagée (RIP) déclenché par les oppositions contre la privatisation d’ADP, a fait savoir son entourage, vendredi 10 mai, à l’AFP. https://www.nouvelobs.com/politique/20190510.OBS12740/referendum-sur-adp-pour-philippe-cela-pose-pose-un-vrai-et-grave-probleme-democratique.html

 

 

 

 

 


 

 

 

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14 juin 2019 5 14 /06 /juin /2019 20:08


Lorsqu’il était rentré chez lui après sa journée de travail, il avait quitté sa veste et s’était assis sur le fauteuil en face de la grande baie vitrée, regardant sans voir les arbustes en fleurs du jardin, vidé de toutes pensées, absent au monde dans cet univers familier qu’il connaissait si bien et dont pourtant aujourd’hui il éprouvait l’extraordinaire vacuité. Il n’entendit même pas la voix de Julia « C’est toi Winston ? » qu’il n’oubliait jamais d’embrasser dès qu’il entrait dans la maison, ni même ses pas qui s’approchaient de lui… A peine sentit-il ses doigts qui lui caressaient la nuque et le haut des épaules dans un geste tendre destiné à lui ôter les tensions qu’il avait accumulé…
- Encore une journée éprouvante au labo…
Depuis qu’il travaillait sur le nouveau programme de recherche, Winston rentrait souvent déprimé, mais Julia devina que ce soir-là, il avait franchi un palier dans cette sorte de désespoir morbide qui l’accablait. Cela avait commencé insensiblement lorsqu’ils étaient passés de l’expérimentation animale à des tests grandeurs natures sur des cobayes humains, des repris de justices condamnés à perpétuité dont personne n’entendrait jamais parler car le programme était classé « secret ultime » ce qui signifiait que pour le reste de la société il n’existait pas…
- Si tu voyais ça Julia… Ce qu’on leur fait subir… Ils sont attachés des heures entières devant leur télécran à regarder des émissions préparées par « le ministère de la propagande »… On note leurs réactions, on mesure les taux de sécrétions hormonales, on quantifie l’activité des neurones, on évalue l’influence de ce qu’ils regardent en continue sur leur capacités cérébrales…
- N’y pense plus… Tu es avec moi maintenant…
- Le pire Julia c’est que je vois la dégradation mentale qui s’opère sur nos sujets, au bout d’un certain temps après avoir d’abord résisté de toutes leurs forces en essayant d’arracher les liens qui les entravent ou de fermer les yeux maintenus ouverts, ils vocifèrent des phrases incohérentes reflétant les pensées qu’ils éprouvent, ils deviennent des éponges mentales absorbant ce qu’ils entendent et régurgitant des propos plus débiles les uns que les autres…. Puis, ils se réfugient dans cet état d’apathie mentale qui les laisse prostrés et hagards, ils se mettent à baver en geignant jusqu’à tomber d’épuisement avant qu’on ne les libère inconscients pour les ramener dans leur cellule…
- Je te prépare un café chéri… Mais promets-moi de ne plus parler de ton travail…
- J’ai suivi un des types que l’équipe de sécurité ramenait en cellule, un type plutôt avenant dont le regard juvénile m’avait inspiré de l’empathie, je l’ai observé à travers le judas de la porte… Je l’ai vu qui se dénudait tout à coup pour saisir les aliments de son repas et se les bourrer dans l’anus…
- Winston arête ! Je ne veux pas entendre ça…
- C’est là que j’ai compris… J’ai entrevu la finalité du programme mis au point par le ministère de la propagande… A force de regarder ces émissions et d’écouter des pensées de merde ces pauvres types avaient fini par prendre leur cul pour leur tête… Cela m’apparaissait maintenant comme une évidence… Ce qui leur arrivait c’était ce qui allait nous arriver… Après la phase de test, ces émissions seraient bientôt diffusées sur les télécrans et elles nous étaient destinées… Je suis retourné au cœur du labo et je suis entré dans la pièce sécurisée où l’on conservait les centaines d’émissions prêtes à être visionnées, passant outre l’interdiction formelle, qui nous était imposée, de ne jamais regarder ce que voyaient nos cobayes, j’ai lancé la vidéo et voilà ce que j’ai vu…

 

Attention, nous déclinons toutes responsabilités quant au visionnement de ces vidéos qui peuvent occasionner de graves dommages cérébraux…

 

 

 

Pascal Praud en est en quelque sorte le parangon, l’idéal typique aurait dit Max Weber avec l’aplomb d’une suffisance emprunte de crétinisme « il ose tout » selon la formule d’Audiard. Entouré  d’Affidés qui excellent dans la bêtise et usant d’une large palette roborative qui à défaut de stimuler la pensée peut faciliter la gerbe, il incarne un journalisme qui est à l’intelligence ce que sont à l’odorat  les dernières vapeurs d’une flatulence trop longtemps retenue…


Les deux personnages, Julia et Winston sont les héros du roman de Georges Orwell « 1984 »

 

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23 avril 2019 2 23 /04 /avril /2019 21:24

 

 

 

Il était en train de lire la prose d’un d’ses khos1, une espèce de bouffon qui lisait des vreuli à la place de s’faire sucer l’tuyeau par les tasses2 et qui publiait des compte rendus sur son blog, il parlait d’un truc qu’il avait lu, un truc chelou, une sorte de dystopie - il avait fallu qui’s fende la tête en deux pour retenir le mot - qui montrait un régime policier et totalitaire surgit dans un univers post-apocalyptique avec à sa tête un mec surpuissant, un composite d’Hitler et de Staline… même Booba aurait pas pu écrire un vreuli zarbi comme ça… Avec des formules que le type avait dû chourer à Kaaris : « la guerre c’est la paix, la liberté c’est l’esclavage, l’ignorance c’est la force » distillées par « le Ministère de la vérité » et l’utilisation « d’une Novlangue » qui appauvrissait considérablement l’expression d’une pensée alternative et autonome de la part des citoyens qui étaient transformés en zombis lobotomisés, - ouestcequ’le type avait pêcho ça…  pas dans les œuvres croisées de Kaatris et Booba, c’était sûr… Le livre racontait l’histoire d’un tahan3 qui avait eu l’malheur d’bouger l’croupion contre l’Parti au lieu d’bégo la propagande officielle… Dans une société où la surveillance généralisée fondée sur le panoptique4 permet de voir l’individu partout et à tout moment, wesh le mec il en avait pas qu’dans les balloches5 … En Novlangue ça d’vait donner « on te voit, t’es baisé mec ! », plus personne ne peut se cacher, il n’y a plus d’intimité, « Big Brother is watching you » Winston n’avait aucune chance… Quand il y pensait, avant d’avoir trop mal à la tête, c’était vraiment un truc de malade de réussir à brouiller totalement la vérité aux yeux des gens à tel point  que la réalité s’évapore et se réifie6 dans le mensonge comme une évidence logique incontestable, éternelle…  Il avait fini de lire l’article du blog et toutes sortes d’idées obscures faisaient la teuf dans sa tête lui donnant un mal à lui faire péter les méninges un peu comme si Booba s’était réveillé dans l’même lit qu’Kaaris après avoir vidé des masses de purple drank7… Se pouvait-il qu’on soit déjà dans ce putain de monde et qu’on ne s’en soit pas rendu compte… il regarda la paume de sa main où il avait recopié un extrait qu’il avait kiffé à donf «  Le langage politique est destiné à rendre vraisemblable les mensonges, respectables les meurtres et à donner l’apparence de la solidité à ce qui n’est que vent. » Il essaya de garder la phrase en mémoire pour la ressortir avec ses potes la prochaine fois qui y’aurait un d’ces bouffons qui passe à la télé… Les deux bolosses avaient dû sortir d’sa tête pour finir d’se dire tout l’bien qu’ils pensaient l’un de l’autre car il eut soudain un moment d’apaisement, juste à l’instant où il aperçut sur BFM TV le secrétaire d'état Laurent Nunez donner un cours de Novlangue...

 

 

 

 

 

1 Potes en arabe
2 Du pur Booba dans le texte
3 Dérivé de l’arabe, ici signifie homosexuel même si Winston Smith le personnage du livre ne l’est pas.
4 L'objectif de la structure panoptique est de permettre à un gardien, logé dans une tour centrale, d'observer tous les prisonniers, enfermés dans des cellules individuelles autour de la tour, sans que ceux-ci puissent savoir s'ils sont observés.
5 Les testicules
6 Dans la pensée, la réification (du latin res, chose) consiste à considérer une idée abstraite comme une chose concrète.
7 https://www.lexpress.fr/culture/musique/ces-rappeurs-francais-qui-boivent-de-la-codeine-comme-du-jus-de-pomme_1789275.html

 

 

Georges Orwell a fait des émules et son livre "1984" écrit en 1949 évoque un monde qui parfois ressemble tellement au nôtre...

 

"Ne parlez pas de répression ou de violences policières, ces mots sont inacceptables dans un Etat de droit." Emmanuel Macron a affirmé, jeudi 7 mars, qu'il "refusait" l'expression "violences policières" pour décrire les blessures "malheureusement" subies par des participants au mouvement des "gilets jaunes ". 

 

Le but du novlangue était, non seulement de fournir un mode d'expression aux idées générales et aux habitudes mentales des dévots de l'Angsoc, mais de rendre impossible tout autre mode de pensée.
Il était entendu que lorsque le novlangue serait une fois pour toutes adopté et que l'ancilangue serait oublié, une idée hérétique - c'est-à-dire une idée s'écartant des principes de l'angsoc – serait littéralement impensable, du moins dans la mesure où la pensée dépend des mots.
Le vocabulaire du novlangue était construit de telle sorte qu'il pût fournir une expression exacte, et souvent très nuancée, aux idées qu'un membre du Parti pouvait, à juste titre, désirer communiquer. Mais il excluait toutes les autres idées et même les possibilités d'y arriver par des méthodes indirectes. L'invention de mots nouveaux, l'élimination surtout des mots indésirables, la suppression dans les mots restants de toute signification secondaire, quelle qu'elle fut, contribuaient à ce résultat.
Le novlangue était destiné, non à étendre, mais à diminuer le domaine de la pensée, et la réduction au minimum du choix des mots aidait indirectement à atteindre ce but.

p 422 - 423   "1984" George Orwell

 

 

 

 

 

 

 

 

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