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3 juillet 2020 5 03 /07 /juillet /2020 14:25

 

Comme Vicka il aurait aimé dire « Encore une journée au Paradis  » en se collant devant son ordi et peut-être aussi qu’il aurait aimé tout simplement faire une bonne équipe avec elle plutôt qu’avec son voisin, dont il devrait supporter les discours sur les bougnoules, ce soir lorsqu’ils feraient leur  tournée de surveillance dans leur lotissement hautement sécurisé… Il avait accepté de faire partie de « l’escouade de surveillance » une émanation de leur association « Voisins vigilants » à laquelle Suzette lui avait dit de s’inscrire, « par précaution » avait-elle ajouté « par les temps qui couraient », et Dieu sait qu’ils couraient vite depuis quelques temps, depuis l’temps d’la Marine en fait, y valait mieux ne pas trop s’faire remarquer… En tout cas pas comme le voisin du 4, un type sympa pourtant qu’il connaissait depuis longtemps, mais que les flics étaient venus chercher un matin, soit disant parce qu’il avait liké sur twitter la photo d’une fresque murale dénonçant le racisme et les violences…, enfin il valait mieux ne pas dire le mot qui suivait, un peu comme dans « Harry Potter » lorsqu’on parlait de qui vous savez… Depuis le voisin du 4, on ne l’avait plus revu… Ces rondes commençaient à le dégoutter un peu, surtout depuis qu’une escouade avait rossé un pauvre bougre qu’ils avaient trouvé en train de pisser sur le banc anti SDF qu’ils avaient fait installer derrière le portail d’entrée du lotissement… Ce qu’ils avaient pris pour un acte volontaire de rébellion contre « le nouveau dispositif d’ordre républicain » c’était être révélé comme le simple besoin naturel d’un attardé mental qui étant sorti de chez lui en pleine nuit, avait échappé à la surveillance de sa sœur, accourue en larmes lorsqu’elle l’avait aperçu qui criait sous les coups de lattes… Qu’est-ce qu’il avait ramassé, une vraie boucherie, mais le pire c’était lorsqu’il avait entendu quelqu’un proférer « Heureusement qu’on sera bientôt débarrassé de cette engeance grâce au T42 » il avait compris alors que quelque chose venait de se briser définitivement… Il se rappela aussi qu’il devait aller avec Suzette à « l’apéro pinard saucisson » organisé tous les derniers vendredi du mois, pour vivifier leur identité et les valeurs tutélaires qui faisaient qu’en France les villages pouvaient s’appeler « les deux églises » et pas « les deux mosquées3 »… Il devait aussi passer à la préfecture, mais le nom de la rue venait d’être modifiée, l’adresse n’était plus 6 avenue Jean Moulin mais 6 avenue Pierre Laval, de même la rue Guy Moquet n’existait plus à la place on trouvait la rue Robert Brasillach4. Tous ces changements de nom le perturbait un peu, mais d’après les nouveaux dirigeants, il était urgent de revoir la langue française pour l’expurger de ses scories5, afin d’aider les français à mieux penser, Ah il avait encore oublié d’accoler « de souche » à français, parce que maintenant il était mal vu de dire simplement français… D’ailleurs pas mal de choses étaient mal vu, c’est ce qu’il avait dit à son vieux pote Moham… Maurice la dernière fois qu’il lui avait téléphoné de la zone de transit où il habitait pour peu de temps, avant d’être déplacé dans un « Bougnoul-land »… Pauvre Maurice, contraint de changer de prénom6 après toutes ces années à avoir fait tous les boulots d’merde sous-payés et dont personne ne voulait, mais qui étaient pourtant indispensables, il allait devoir passer sa retraite, enfin s’il la lui laissait, Maurice craignait qu’il fasse pire que pour son grand-père ancien combattant de la deuxième guerre mondiale qui avait touché une pension différente de celle des autres combattants7 souchiens, scandale dénoncé à l’époque par le film « Indigènes » qui avait depuis disparu des points de vente et des médiathèques, comme beaucoup d’autres… Tout à l’heure quand il irait acheter son pain, il faudrait qu’il fasse gaffe à ce putain d’berger allemand qui stationnait en permanence à l’entrée du lotissement et qui avait failli lui arracher la main quand il avait voulu taper le digicode pour entrer… « c’est à cause de votre prénom » avait rigolé son gros imbécile de maître « l’atavisme ça ne s’efface pas » avait-il continué plus hilare que jamais et lorsque dans la cuisine il avait menacé de lui faire bouffer de la mort aux rats, Suzette s’était jetée dans ses bras en pleurant « Arrête Amos, on a déjà assez d’ennui comme ça avec Ayelet… N’oublie pas que tu es convoqué chez le proviseur après sa dénonciation pour propos révisionniste sur le ministre de la culture Eric Z ». Il l’avait presque oublié, quelle idée d’écrire en gros sur la couverture de son trieur « La pensée d’Eric Z étant beaucoup plus mince que la plus fine des feuilles de papier hygiénique on ne peut donc même pas se torcher le cul avec. » Elle lui rappelait sa mère lorsqu’ils s’étaient rencontrés, impertinente, rebelle... S’il s’était douté de tout cela la dernière fois qu’il était allé voter… Et ce serait peut-être d’ailleurs la dernière, car le mot « élection » venait de disparaître du dictionnaire. Il entendit une sirène de voiture qui hurlait dans la rue. Suzette s’approcha de la fenêtre. La grille d’entrée du lotissement était ouverte, le berger allemand au garde à vous laissait passer la voiture de police dont la sirène hurlait de plus en plus fort. « Amos, ils viennent… »


Il se redressa, couvert de transpiration… Lorsqu’il vit Suzette endormie à côté de lui pas aussi belle que Vicka mais tellement plus désirable, il sut… Putain d’mauvais rêve… Le soleil filtrait derrière les persiennes tamisant la lumière, il entendit Ayelet déjà levée qui partirait bientôt pour le lycée. Encore une journée au Paradis pensa-t-il… Mais pour combien de temps encore…

 

 

Les deux prénoms Amos et Ayelet ont été choisis en référence à Amos Oz écrivain israélien disparu en 2018 et dont l’intelligence pleine d’humanité de ses livres est un vrai encouragement à aimer la vie, et à Ayelet Gunar-Goshen écrivaine israélienne qui semble prendre le même chemin que lui…

Quant à Suzette, mystère…

 

 

 

 

 1« Oblovion » de Joseph Kosinski sorti en 2013

2 Aktion T4 est le nom donné, après la Seconde Guerre mondiale, à la campagne d'extermination d'adultes handicapés physiques et mentaux par le régime nazi, de 1939 à août 1941, et qui fait de 70 000 à 80 000 victimes. Fondée sur un terreau idéologique fertile prônant une politique eugéniste active, antérieure au nazisme mais exacerbée par celui-ci, favorisée par une intense campagne de propagande en faveur de la stérilisation et de l'euthanasie des handicapés, elle est le fruit d'une décision personnelle d'Adolf Hitler ; celui-ci en confie l'exécution à la chancellerie du Führer, dirigée par Philipp Bouhler. Mise en œuvre par des médecins nazis convaincus par les thèses du régime, et du personnel issu de la SS, elle se traduit par des mises à mort à grande échelle au moyen de chambres à gaz spécialement construites à cet effet dans six centres dédiés à ces opérations. Bien que des efforts soient déployés pour garder l'opération secrète, celle-ci devient de plus en plus connue au fil des mois, ce qui suscite des protestations qui contribuent à son arrêt officiel, l'objectif exterminateur que les nazis s'étaient fixé ayant de toute manière été atteint.
 3 " Si nous faisions l'intégration , si tous les Arabes et Berbères d'Algérie étaient considérés comme français , comment les empêcherait-on de venir s'installer en métropole , alors que le niveau de vie y est tellement plus élevé ? Mon village ne s'appellerait plus Colombey-les Deux-Eglises, mais Colombey-les Deux-Mosquées !" Cette citation a été rapportée par Alain Peyreffite, dans ses mémoires publiées en 1994. Soit plus de 24 ans après la mort du général de Gaulle. Dans ses carnets, l’ancien ministre raconte que De Gaulle aurait prononcé cette phrase le 5 mars 1959, en pleine guerre d’Algérie.

4 Pierre Laval et Robert Brasillach sont deux collaborationnistes fusillés en 1945
5  Nous détruisons chaque jour des mots, des vingtaines, des centaines de mots (…) C’est une belle chose la destruction des mots » - 1984 George Orwell p 78
6 Un ingénieur commercial à la retraite a saisi les prud'hommes de Créteil contre son ancien employeur qu'il accuse de l'avoir contraint à changer son prénom Mohamed pour celui d'Antoine, ont indiqué ce lundi des sources concordantes. https://www.lefigaro.fr/flash-actu/oblige-de-changer-son-prenom-de-mohamed-en-antoine-un-salarie-attaque-son-entreprise-20191216
7 https://www.lefigaro.fr/international/2010/07/12/01003-20100712ARTFIG00628-pensions-militaires-francais-et-africains-enfin-a-egalite.php
https://www.lefigaro.fr/actualite-france/2009/05/08/01016-20090508ARTFIG00392-les-oublies-de-la-republique-demandent-reparation-.php

 

 

 

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